‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 14 sur 219 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

OPPORTUNITÉ DE l’eNCVCLIQUE OU NÉCESSITÉ d’une SOLUTION ENTRE l’ÉCLISE

ET l’État.

Nous avons vu avec quelle intrépidité le Saint- Siège oppose la doctrine catholique dans sa plénitude aux illusions de la sagesse contemporaine. Mais était-ce bien le moment de poser ce redoutable problème? Est-il opportun d’exposer la liberté dont l’Église jouit au .sein delà société moderne, le bien qu’elle peut y faire, et la foi d’un grand nombre d’âmes, en prenant l’offensive, en attaquant le XIX* siècle dans l'objet même de son orgueil et de ses espérances, les conquêtes de 1789?

Oui. Car, moralement, c’est précisément ce problème qui pèse sur les consciences, et si, au premier abord, la lumière peut en étonner quelques-unes, le doute et l’incertitude en torturent un bien plus grand nombre. Oui. Car, matériellement, la vie catholique devient de plus en plus difficile au sein de la société sécularisée, et, à mesure que la foi se retire des

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masses , ce n’est pas Rome seulement et l’ordre spirituel, c’est l’ordre temporel tout entier qui est sous le coup d’un péril croissant. L’heure est donc venue de comparer la doctrine catholique avec les idées modernes. Il faut choisir entre ces deux drapeaux, et l’Encyclique nous y invite avec une saisissante opportunité.

Le conflit n’est pas nouveau, mais, de part et d’autre, on sent qu’il tire à sa fin, et que l’on approche du dénoûment. L’Église n’est pas d’hier. Voilà dixhuit cents ans qu’elle vit, et qu’elle fait vivre l’Europe chrétienne. Or jamais elle n’a été, à la fois, plus nécessaire et plus menacée, et elle se dit seule appelée à nous sauver d’une catastrophe imminente. Bien que plus jeunes en apparence, les principes modernes ne sont que le réveil des éternelles prétentions de la raison humaine. De l’aveu de tous, ce sont eux, sous une autre forme , qui ont inspiré les réformateurs du XVI® siècle et les philosophes du xvm®. Aujourd’hui, après soixante-quinze ans de victoires incontestées, ayant tout l’arsenal de la civilisation moderne à leur disposition, ils se croient en mesure d’extirper, de la vie politique et sociale, jusqu’au dernier vestige des institutions chrétiennes, seul obstacle à leur triomphe définitif.

A quoi bon nous dire que ce n’est qu’un malentendu passager et sans importance? 11 n’est que trop é^j^ent qu’il y a là, au contraire, un débat où tout notre avenir est engagé. Affirmés par le Pape, con-

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testés par la raison , les dangers que court la société sont-ils réels ou imaginaires? S’ils existent, et si les peuples ont besoin de l’Église, on aura beau leur dire qu’ils se portent bien , et qu’ils n’ont qu’à marcher devant eux : ils sont à la veille de leçons terribles, qu’il serait encore possible d’éviter. Au contraire, s’il n’y a ici qu’une fausse maladie, exploitée par la religion, il est temps pour le patient de jeter là remèdes et appareils, de dire adieu au médecin et de prendre la clef des champs. De toute façon , il est urgent de savoir qui a raison de l’Église ou de ses adversaires, qui nous a sauvés hier, et qui nous sauvera demain.

Mais, nous disent nos adversaires, opportunes ou non , vos prétentions sont chimériques. Elles sont condamnées d’avance, d’un côté, par l’éclatante prospérité des peuples protestants ou rationalistes, de l’autre, par la décadence universelle des sociétés catholiques et par la pauvreté incontestable de la dernière qui soit encore debout, à Rome. Voyez l’impuissance du gouvernement pontifical. Son armée a donné la mesure de ses forces à Castelfidardo. Ses finances se consument dans une lutte inégale avec des déficits croissants. Ses peuples sont opprimés, impatients, prêts à se donner au Piémont. Ses amis mêmes du dehors n’ont-ils pas constaté son infériorité économique et politique, et ne l’ont-ils pas jugé sans appel en le comparant à ces républiques intertropicales , le rebut du nouveau monde? Et voilà le chef-d’œuvre de la sagesse et de la puissance catholiques , le type que

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VOUS nous proposez d’admirer et d’imiter! Pendant ce temps-là, les nations modernes débordent de richesse, de force et de liberté. Plus de barrières, plus de distances, plus de secrets. La presse, la vapeur et l’électricité mettent en contact perpétuel peuples, races, pouvoirs, religions, et, d’un bout du monde à l’autre , publient les événements du jour, les découvertes de la science ou de l’histoire, les espérances ou les menaces de l’avenir. Les gouvernements remuent des milliards ; sur terre et sur mer, leurs armées disposent d’engins merveilleux : ce n’est plus qu’un jeu de prendre Mexico ou Pékin. Enfin , sur ce vaste théâtre, point de position à laquelle chacun ne se croie libre d’aspirer ; quand on a vu un sous-lieutenant d’artillerie devenu Napoléon I", le prisonnier de Ham devenu Napoléon 111 , et tant d’autres tout d’un coup maréchaux, ministres, millionnaires, nul rêve de fortune ou d’ambition ne semble défendu.

11 faut l’avouer, le premier sentiment qu’inspire ce spectacle est celui de la toute-puissance. Dans l’étreinte d’une nouvelle fraternité, les peuples ne vont-ils pas voir finir, avec les croyances et les institutions locales, tous les maux qui en naissaient? Qui pourrait encore empêcher la vérité de prendre partout la place de ces débris d’un autre âge? A mesure qu’elle paraît, imprimée dans toutes les langues à des milliards d’exemplaires , transportée par les chemins de fer et par les bateaux à vapeur, acclamée par la raison avide de toutes les nations, elle fait, en un

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