‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 140 sur 219 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

( retour violent vers l’absolutisme de l’ancien régime? Loin de là. Alors que, complétant l’œuvre de Philippe le Bel et de Henri VIII , la Révolution nous ramène au césarisme, l’Église, au contraire, nous donne le secret d’une liberté pacifique et progressive. Cette œuvre est plus avancée qu’on ne le croit généralement. Car, dans ce qu’ils ont de stable et de vital , les gouvernements actuels, au lieu de s’appuyer sur les principes de 1789, en sont la négation formelle. Par une réaction naturelle, ils reviennent graduellement aux principes de la vérité politique, adoucie et perfectionnée par la vérité catholique, c’est-à-dire au type du régime représentatif, reposant sur un pouvoir central indiscuté et indiscutable, et sur une représentation multiple des intérêts du pays. Il y a là , dans les esprits comme dans les institutions, un mouvement irrésistible, et, bien qu’inaperçu de la foule, il reçoit de chaque événement une nouvelle impulsion.

’ Qnfi reste-t-il donc à faire? C’est d’abord que le clergé, sous une forme ou sous une autre, reprenne sa place dans nos assemblées, et puisse signaler tout ce qui, dans la législation, serait contraire à la morale, jà la liberté religieuse, aux intérêts des pauvres et des /faibles. Ce vœu est déjà, en partie, réalisé chez nous, I par l’entrée des cardinaux au Sénat.

Ensuite, il faut qu’assistant, comme témoin délégué par Dieu, aux engagements solennels du prince et de la nation, l’Église rende au serment politique sa valeur religieuse. Est-ce là, comme on nous en accuse,

VÉRITÉ POLITIQUE. 301

l’excommunication et la déchéance, qui ayaient frappé Henri IV, sans cesse suspendues sur la tête de nos souverains? Non : ce n’est pas la négation, c’est, au contraire, l’aflirmation de l’autorité morale du souverain. D’un pouvoir de fait, que le caprice populaire est maître de changer tous les jours , l’Église fait un pouvoir venant de Dieu, fondé sur la nature, le caractère et les traditions nationales, uni au pays par un lien sacré, qui est presque semblable à celui du mariage. Si elle se réserve le droit de déterminer les cas extrêmes , où la nation peut exercer envers le prince infidèle à sa parole le droit de légitime défense, c’est pour limiter et pour prévenir les révolutions, et non pour les ordonner.

Certes, les princes et les peuples peuvent refuser C('t arbitrage , et , sous prétexte de garder leur pleine liberté, retomber dans l’état de guerre permanente, qui les fait osciller entre l’anarchie et le despotisme. Toutefois, même en cette situation précaire, alors que les autres font bon marché du serment politique, nulle puissance humaine ne saurait empêcher les catholiques de le prendre plus au sérieux, et de le respecter, tant que l’autorité spirituelle ne leur aura pas affirmé que leur conscience en est dégagée. Mais , en échange , ils sont prêts à résister au pouvoir ou à la loi, toutes les fois qu’elle leur demanderait d’être complices d’une injustice, et, à leurs yeux , il n’est point de but patriotique, ni de suffrage populaire, qui puisse légitimer une action honteuse. Ils se flattent ainsi ,

Page 1