CHAPITRE XVIII
divisée. Deux drapeaux se disputent le monde : l’ancien régime et la révolution; les souverains absolus et les peuples épris de la liberté ; le despotisme, quelle que soit la date de sa naissance, persistant à soutenir par la violence ce qui ne peut vivre que par la justice et par la modération, et l’anarchie, voulant également obtenir par la force ce qui se conquiert par la patience, l’abnégation, le respect des lois et de l’autorité. Ce n’est plus la guerre du principe héréditaire et du principe électif, de deux convictions également sérieuses et respectables ; c’est la mêlée de ceux qui sont aux affaires et de ceux qui veulent y arriver, de ceux qui ont fait fortune et de ceux qui aspirent à les imiter. Au fond, ces deux camps ne sont pas si éloignés l’un de l’autre qu’on pourrait le penser, et ce I sont d’ordinaire les mêmes hommes, qui passent la \ première moitié de leur vie dans celui de la révolu- ‘ tion, la seconde dans celui de l’ancien régime. Arrivé i à un certain âge, on laisse à de plus jeunes que soi I le soin de poursuivre l’idéal, et l’on se persuade qu’a- , près avoir payé son tribut à cette recherche , peut- ' être chimérique, il est temps de tirer parti du présent avec ses misères et ses nécessités. On finit ainsi sa carrière en défendant, -contre la nouvelle génération, la place à l’assaut de laquelle on a fait ses premières armes.
Entre ce passé vermoulu et cet avenir illusoire, entre ces deux partis, également impuissants, qui feignent de croire qu’ils sauveront le monde, les uns
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par de vieilles, les autres par de nouvelles formules, et qui, en attendant, nous acheminent également vers le césarisme, il est un terrain où ils pourraient se rencontrer et se réconcilier. Ce terrain est dédaigné et déserté dans l’ardeur de la lutte ; mais il faut y revenir tôt ou tard, si l’on ne veut tomber, les uns et les autres , entre les mains de quelques exploiteurs de bas étage. C’est le terrain catholique.
Comme le conservateur , le catholique respecte les lois et les institutions, et croit qu’il vaut mieux les améliorer que de les renverser. Mais, tandis que le premier s’obstine dans l’immobilité, et ne songe qu’à abriter ses intérêts sous un édifice en ruine, le second s'attache sans relâche au progrès des hommes et des choses, et sait que la .société vit par une sève, sans cesse renouvelée, de justice et de patriotisme.
Comme le révolutionnaire , le catholique n’est jamais satisfait du présent. Il est convaincu qu’il y a toujours à faire pour le bonheur de son pays, et pour celui de l’humanité tout entière. Toutefois, plus impatient, le révolutionnaire brise institutions et gouvernements; parce qu’il .s’expose et se sacrifie luimême, il croit permis d’exposer les autres, et de sacrifier jusqu’aux éternelles lois de la justice: inutile violence contre une nature qui renaît, toujours la même, de ses racines à peine coupées. Au contraire, le catholique ne croit qu’à la force morale , et poursuit son triomphe tous les jours, à toute heure , sans l’immoler jamais à l’espoir d’un succès qui n’en