CHAPITRE XVIII
serait plus un pour lui. Opprimé, il rend meilleurs ceux qui le persécutent; vaincu, refoulé, exterminé, il renaît, lui aussi, de sa souche toujours vivace, attendant et préparant, avec une persévérance infatigable, le réveil de la justice.
Le catholique est aussi impropre à servir les passions de l’ancien régime que celles de la révolution. Aussi est-il rarement en faveur, plus rarement encore au pouvoir. Mais ce n’est pas là son but. Ce qu’il veut, et ce qui n’est possible qu’à certaines heures d’apaisement, c’est de rapprocher les deux camps qui se partagent les âmes sages ou généreuses, prudentes ou chevaleresques; c’est de faire cesser la division qui permet aux sceptiques de se jouer des unes et des autres, et de garder paisiblement l’empire du monde; c’est d’unir, en une seule et invincible phalange, ces hommes, à la fois énergiques et sincères, qui, aujourd’hui, passent leur vie à s’user et à se détruire mutuellement.
A quel prix cette réconciliation peut-elle se faire? La première condition de succès est que l’Église reste ce qu’elle est, c’est-à-dire une doctrine nette, immuable, au milieu du vague des esprits et de l’éparpillement des croyances. Planant au-dessus des deux partis, elle doit se garder de faire jamais pencher la balance du côté de l’un , parce qu’elle rendrait la paix avec l’autre à jamais impossible. Mieux vaut, pour elle, demeurer en butte aux mécontentements et aux rancune.s de tous, que d’abriter, sous le man-
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VÉRITÉ POLITIQUE
teaudeson infaillibilité, le bagage de préjugés, d’idées fausses, de systèmes personnels, que chacun malheureusement apporte avec lui, et voudrait identifier avec sa foi religieuse.
11 faut l’avouer, au sein même des catholiques (et c’est là ce qui les affaiblit et les paralyse), on retrouve à l’état de nuances les deux écoles qui divisent la société : la révolution et l’ancien régime. Ceux-ci, mettant dans la protection de l’État et dans son pouvoir absolu une confiance exagérée, se nourrissent de l’espoir qu’un heureux hasard suffirait pour rendre à la société la paix et le bonheur des âges de Foi. Ils voudraient ainsi conquérir en un jour la récompense qui n’est accordée qu’aux longs et pénibles efforts de la liberté humaine. Ceux-là voudraient, sur-le-champ, lier l’avenir de l’Église à celui d’une société qui marche à la vapeur, sans savoir où elle va, qui n’est plus celle de 1789, plus même celle de 1830, et qui demain ne sera plus celle d’aujourd’hui. Avec une candeur que la perfidie de leurs adversaires ne décourage pas, ils espèrent que, se faisant quelque peu révolutionnaires dans leur vie publique, ils obtiendront des autres qu’ils redeviennent catholiques dans leur vie privée. Sans s’en douter, ils oublient que les questions sociales et politiques sont inséparables des questions religieuses, et que l’Église embrasse tout dans sa doctrine, la vie des sociétés comme celle des familles. Ils ne voient pas que c’est répudier dix siècles de notre histoire, abdiquer à l’avance les
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