‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 146 sur 219 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Le schisme grec a son but. Demeurer chrétien sans dépendre de Rome, avec un patriarche à soi, auquel on soumettra les peuples conquis, et qui à la fin sera le pape ou plutôt le pope du monde, voilà le rêve des czars, rêve incompatible avec la liberté catholique. Le protestantisme prussien a , lui aussi , sa voie tracée ; il sert en Allemagne les vues de la Russie, pour arriver à supplanter l’Autriche, et à recueillir les dépouilles de l’Église et du Saint-Empire germanique. Contre la Russie et la Prusse, ayant leur dynastie et leur religion nationales, il faut à la Pologne une dynastie et une religion, polonaises parce qu’elles seront catholiques.

Aussi, à quoi bon mendier les faveurs de l’Angleterre et du Piémont, caresser les idées modernes et se défendre d’être ultramontains, c’est-à-dire franchement unis au Pape? L’extermination de la Pologne est, en ce moment, le prix auquel le Piémont achète l’impunité de ses propres méfaits; et, divisées par cette même question d’Italie, l’Autriche et la France ont assisté, l’arme au bras, aux cruautés de Mouravief comme au guet-apens de Castelfidardo,

Chose triste à dire, la société actuelle, dont les Polonais ont vainement flatté les préjugés, accepte ces attentats avec une honteuse apathie. Après un premier mouvement d’indignation en faveur des Napolitains et des Polonais, la pitié s’est lassée. Ces malheureux ont souffert trop longtemps pour rester intéressants, et chacun est retourné à ses affaires, laissant

VÉRITÉ POLITIQUE

les viclimes se débattre, comme elles le pourraient, contre leurs bourreaux. Sauf quelques trop rares exceptions, les secours se sont bornés à des articles de journaux, paroles creuses que le vent emporte, et qui ne donnent ni un homme, ni une cartouche. Ce n’est pas ainsi que se prouve la sympathie. Attendre et souhaiter que la justice triomphe par sa propre force, c’est la condamner à périr. Cn ce monde, où le mal seul vit de lui-même, la justice ne subsiste que par les dévouements, et les dévouements se mesurent par les sacrifices de temps, -d’argent et de vies. C’est par les sueurs et par le sang que le bien veut être chaque^ jour arrosé et fécondé.

Dans des siècles qu’on qualifie de barbares, cent, deux cent mille volontaires se seraient levés, sans autorisation ni appel de leurs princes, pour châtier la félonie du Piémont et la férocité des Russes, Car, en dépit du principe de non-intervention, les peuples chrétiens sont frères. 11 s’est commis là des crimes, qui ne s’étaient pas vus depuis le temps des Mongols et des Huns, et la responsabilité de ces forfaits retombe sur ceux qui les tolèrent.

Une seule voix a répondu au sentiment populaire, qui se révolte, avec raison , de cette indifférence, et qui réclame impérieusement le règne de la justice; une seule voix a répondu à la France, demandant un congrès pour mettre un terme aux souffrances des peuples opprimés : c’est celle de Pie IX, oubliant ses propres périls pour protester contre la persécution

is.

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mo.scovite, disposant des seules armes qu’on lui laisse pour instruire la canonisation du bienheureux Josaphat, et offrant ainsi, de nouveau, à la vénération du monde entier, un des glorieux martyrs de la foi et du patriotisme polonais.

Ce qui.est vrai de la Pologne, l’est aussi de l’Espagne et de l’Italie. Elles ne reprendront leur place dans le monde qu’en s’unissant à la France et à l’Autriche autour du Saint-Siège. Alors, au lieu de vivre d’expédients et de crises, et de renier les gloires de son passé en fléchissant le genou. devant le piémontisme, l’Espagne, sortie de sa léthargie, nous aidera à dompter en Afrique la barbarie musulmane, et elle renouera avec le Nouveau-Monde des relations rompues par l’égoïsme et la tyrannie. L’Italie trouvera enfin le secret de sa véritable fédération, et le moyen d’échapper aux ambitieux voisins qui la convoitent. Rome restera la capitale du monde ; les catholiques en seront tous citoyens, pendant qu’au lieu d’être les parias de la civilisation moderne, les Romains pourront ou vivre sous le plus paternel des pouvoirs, ou obtenir droit de cité chez tous les peuples chrétiens.

Alors, le croissant fera place à la croix. Conquise d'avance par le .souvenir de saint Louis et du général Bonaparte, l’Égypte redeviendra frani^aise; on pourra donner Constantinople à l’Autriche, le Maroc à l’Espagne, la Syrie aux Italiens, la Palestine au Pape, et la Méditerranée sera, sinon un lac français, du moins

VÉRITÉ POLITIQDK.

un lac catholique, lien commun de ces nations sœurs dont la France sera toujours l’aînée.

Est-ce là, comme on pourrait le croire, au lieu de la paix universelle, une déclaration de guerre à l’Angleterre et à la Russie , à jamais exclues du concert européen? Non. C’est une croisade contre l’égoïsme et le cynisme politiques, dont elles sont aujourd’hui les représentants , mais nullement contre ces deux nations elles-mêmes. Quand l’Angleterre et la Russie ne rêveront plus l’exploitation et la conquête universelles, elles trouveront, tout naturellement, leur place dans la carrière ouverte aux peuples chrétiens, carrière assez large pour contenter toutes les légitimes ambitions. L’Asie entière à civiliser les attend avec ses six cent millions d’âmes. N’y a-t-il pas de quoi les occuper et les satisfaire?

Pour atteindre ces grands résultats, il est indisponsable que les peuples s’unissent, se secourent mutuellement contre les ennemis du dedans et du dehors, et qu’ils remplacent, par une étroite solidarité, fruit du principe chrétien , la dangereuse théorie de la nonintervention, véritable conspiration permanente, successivement dirigée contre chacun d’eux.

Ainsi la liberté nationale, comme la liberté politique, ne peut être fondée que sur la vérité politique, intimement liée à la vérité religieuse. Deux principes et deux puissances menacent l’Europe et la civilisation : le principe schismatique ou autocratique, le principe hérétique ou féodal. Ils ont, dans la Russie

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et dans l’Angleterre, leur redoutable incarnation. Du jour seulement où elles rentreront dans le giron de l’Église , ces nations cesseront d’être un danger pour le monde, et y reprendront un rôle glorieux et bienfaisant. Au contraire, dans le midi de l’Europe, les mêmes principes ont produit, en arrivant à leurs dernières applications, la lutte stérile de l’ancien régime et de la révolution, des alternatives fatales de despotisme et de licence, de centralisation et d’anarchie. C’est la gloire et le privilège des peuples catholiques de ne pouvoir accepter, comme définitive, ni l’une ni l’autre de ces tristes solutions, et d’aller de révolution en révolution, d’expériences en expériences, de calamités en calamités, poursuivant toujours l’idéal de la vraie liberté, jusqu’au jour où ils viendront la retrouver au sein de la vérité complète.

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