‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 147 sur 219 · CHAPITRE XIXJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIXJ

VF.RITÉ RKI.IGIKtlSE PRINCIPE DE I.A I.IBERTÉ R E l.l O I K II S E.

Celui qui a nommé la liberté religieuse, a nommé la plus sainte et la plus inviolable de toutes les libertés. L’homme le plus comblé des dons de la fortune n’est qu’un vil esclave si la main d’un autre homme vient entraver et réglementer les aspirations de son âme, et le pauvre, au contraire, peut être fier, dans sa misère, si rien n’arrête l’essor de son intelligence et de son cœur vers Dieu, et si , du moins à certains jours ou à certaines heures de trêve, il lui est donné de goûter sa part de l’éternelle beauté, de rélernello vérité et de l’éternelle bonté. C'est là le trésor par excellence, auquel nul n’a le droit de renoncer , et qu’il faut assurer à chacun, mais, avant tout, à ceuxdontla rude vie a besoin de consolations et de dédommagements. Qui donc nous donnera la liberté religieuse? Qui la donnera à tous les hommes, à l’enfant et à la femme comme à l'homme fait, au vieillard et au pauvre comme au riche, au simple comme au savant, au nègre brûlé par le soleil comme à l’habitant de nos somptueuses capitales?

CHAPriRK XIX.

SufTit-il, comme le prétend le droit nouveau, d’abandonner l’homme à lui-même, de l’affranchir de toute tradition, de toute autorité spirituelle, et de le livrer sans frein , sans règle, sans guide , sans protection, aux tâtonnements de sa raison ?

Nous avons déjà constaté qu’avec ce point de départ trompeur, la liberté sociale de 1789 n’est qu’une chimère et un non-.sens. Supprimant les forces et les réserves collectives, livrant les plus faibles à la domination des plus forts, l’égalité individuelle est venue aboutir à la traite des blancs, au demi-esclavage des prolétaires, à la misère de la femme et des enfants, et à l'impossibilité matérielle, pour le père de famille, de se refaire un patrimoine, et de reconquérir son indépendance et sa dignité. Point de liberté sociale sans une loi et une puissance morales, inviolables et souveraines, stipulant des garanties et créant des ressources pour les plus faibles.

Même conclusion en politique. La souveraineté nationale, c’est-à-dire le droit illimité de discuter et de renverser les gouvernements, est la négation radicale de la liberté politique ou de la part régulière, pacifique et progressive, qu’une nation, digne de ce nom, doit prendre à l’examen de ses propres affaires, fài effet, sous prétexte de liberté, c’est mettre en question le principe même de l’autorité, reposant sur la vérité politique ; c’est livrer le pays aux entreprises, impunies et glorifiées, des intrigants et des ambitieux, c’est-à-dire de la plus hypocrite et de la plus despo-

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tique des aristocraties. Point de liberté politique sans une souveraineté spirituelle, en dehors de l’État, assez puissante pour imposer aux plus forts le respect de la justice et de l’ordre établi , et , par cela même, le respect des faibles. De même , point de droit des gens possible , et point de salut contre l’avidité des grandes puissances , toujours prêtes à dévorer les petites, sans un contrôle suprême , indépendant de tous les princes et de toutes les nations, et pouvant faire appel à la conscience universelle.

La question est donc simplifiée par avance. Les besoins politiques et les misères économiques des peuples nous invitent à chercher la liberté religieuse, comme toutes les autres, non dans le déchaînement des systèmes opposés, mais dans la possession et dans le triomphe d’une doctrine positive, assez puissante pour inspirer aux hommes l’amour du travail, le dévouement et le patriotisme, assez pure et assez sûre de sa propre vérité pour conduire les âmes à Dieu, agrandir les cœurs, éclairer les intelligences, sans qu’aucun intermédiaire intéressé vienne exploiter ou fausser leurs aspirations. Cette doctrine existe-t-elle? Si elleexiste, comment la reconnaître? Est-elle l’œuvre de l’homme , s’élevant librement vers Dieu , ou l’œuvre de Dieu , venant au secours de l’homme ? Tout est là.

Nous avons vu comment la Révolution , d’accord avec nous , a solennellement proclamé cette intime solidarité de toutes les vérités et de toutes les libertés.

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