CHAPITRE XIX
Seulement, elle cherchait dans la raison humaine, dans le droit naturel et dans l’initiative individuelle, la puissance destinée à affranchir les intelligences. Elle supposait ainsi tranché, en un jour, le problème dont la solution pèse sur le genre humain depuis son berceau. Car, depuis que le monde existe, quelle est la prétention de toutes les religions et de toutes les philosophies , sinon d’être la véritable expression et le flambeau de la raison humaine? Quel est le but de toutes les législations , si ce n’est de réaliser les lois éternelles de la justice naturelle? Enfin, les erreurs, les injustices, les tyrannies sans nombre, dont l’histoire est le tissu, ont-elles une autre origine que l’initiative individuelle, livrée aux plus extravagantes aspirations? Aussi, en faisant table rase du passé, et en croyant s’isoler de toute tradition , la Révolution n’a abouti qu’à une honteuse répétition des saturnales païennes , au culte de la Raison et à la 'lerreur. La vérité religieuse n’était donc pas l’œuvre de riiomme livré à ses propres lumières.
Ne pouvant créer la vérité, la raison voulut, du moins, se réserver le droit de la reconnaître et de la trouver par elle-même. De là, au lendemain de l’abolition de tous les cultes, la théorie de leur liberté et de leur égalité. 11 se peut, nous dit le droit nouveau, que la raison soit insuffisante , la révélation nécessaire, et que Jésus-Christ soit Dieu. Mais la vérité doit avoir avec elle des caractères de certitude tels, qu’elle parvienne et qu’elle s’impose, par son évidence, à
tous les esprits. C’est à l’Église de nous prouver son authenticité et sa divinité en régnant sans contestation sur le monde. Si elle est l’œuvre de Dieu, si elle possède le secret de tous les progrès et de toutes les libertés, comment se fait-il qu’après dix-huit cents ans, elle soit partout contestée, abandonnée, méprisée, que le schisme et l’hérésie lui aient enlevé les deux tiers de ses enfants, et que le doute et l’incrédulité semblent à la veille de lui ravir les autres? N’achèvet-elle pas de constater sa faiblesse et sa fausseté, en invoquant le bras séculier et la force matérielle, pour défendre les derniers débris de sa suprématie spirituelle? N’est-ce pas contredire son principe, que de porter ainsi atteinte à la liberté des âmes, à ce privilège suprême dont l’homme a raison d’être jaloux, puisqu’il résume .son histoire et le mystère de sa création? Car Dieu, ajoute-t-on, attend de nous l’hommage d’un cœur libre, donnant sa libre adhésion à la justice et à la vérité. Libre par essence, la vertu cesse d’être vertu , du moment qu’elle est forcée. La liberté du bien suppose donc la possibilité de la déchéance ou, en d’autres termes , la liberté du mal ; et l’on ne saurait la restreindre sans amoindrir également le mérite et la dignité de l’homme.
Dans leur étrange confusion, ces arguments méconnaissent le fond même de la nature humaine et les vrais dangers que court la liberté des âmes. Dans la lutte engagée entre le bien et le mal, on oublie que les consciences ont besoin , non d’être conquises par