‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 149 sur 219 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

la force, mais, au contraire, d’être défendues contre des ennemis qui emploient à les vaincre le mensonge, la ruse, la corruption, la violence. Avec une singulière inconséquence, d’un côté, on reproche à la vérité de n’être pas toute-puissante, et de n’avoir pas converti le monde; de l’autre, on lui interdit jusqu’au droit de légitime défense , et on la livre désarmée aux assauts perpétuels de la force matérielle et de la tyrannie sous leurs mille formes diverses.

Entre ces deux extrêmes, aboutissant à la domination exclusive du bien ou du mal, la vérité s’est tracé une voie qui respecte bien autrement la liberté de l’homme. La vérité religieuse ne s’impose pas, comme la vérité mathématique, par une évidence simple, naturelle et inoffensive. La vérité religieuse entraîne après elle la soumission de l’esprit, de la chair et des passions, la victoire sur soi-même et le remaniement de la vie tout entière. Aussi la nature ne manquet-elle pas de prétextes pour échapper à ce joug incommode. La Foi reste le triomphe réservé aux hommes de bonne volonté. Elle est, en même temps, et le fruit d’un secours surnaturel et l’acte spontané d’une liberté héroïque. 11 est donc insensé d’espérer pour elle un triomphe universel et incontesté, supprimant jusqu’à l’existence du mal.

Individuellement, le mal reste et restera toujours possible. Sans doute, quand l’àme le choisit, c’est une liberté indigne de ce nom , et qui se détruit ellemême par un véritable suicide. Tout acte mauvais di-

miuue la puissance de l’homme , et le rend , de plus en plus , dépendant de la matière. Les cent passions opposées qui se disputent son âme dévorent, en quelque sorte, le sol sous ses pieds. Rétrécissant de plus en plus la sphère de son activité , elles le ramènent vers le néant, tandis que le bien ressemble aux espaces infinis, ouverts, dans tous les sens, aux regards conquérants de l’astronome. Mais , si désastreuse qu’elle soit, la liberté personnelle du mal subsiste, 11 serait insensé de la contester en elle-même, et de nier la faculté qu’a chacun d’ouvrir le sanctuaire de sa conscience aux plus saintes comme aux plus coupables pensées.

La question change, quand il s’agit de notre activité extérieure , de notre influence sur ceux qui nous entourent. Dans la carrière du vrai, du beau et du bien, point de limites, nulles contradictions, nul antagonisme. Chaque effort y est fécond , et profite à la fois à celui qui le fait et à la société entière. Au contraire, le mal est, autour de lui , la négation, l’anéantissement du bien. Si le travail et l’économie produisent la richesse, le luxe et l’oisiveté la consomment. Si la famille enfante 1a population , la guerre et la volupté la dévorent. Non-seulement le mal détruit les fruits du bien, mais il le poursuit d’une haine, d’une rage implacable. De là cette guerre, qui est toute l’histoire de l’humanité. De là, pour le bien, l’impérieuse nécessité de se défendre contre les provocations, les ruses, les violences et l’oppression du dehors. La vertu ne

Page 1