‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 150 sur 219 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

peut être imposée, mais elle a besoin d’être protégée. Les moyens matériels n’ont point de valeur offensive pour étendre ses conquêtes ; mais ils ont une valeur défensive incontestable pour les conserver et les préserver.

Dans cette lutte, la liberté religieuse, la plus précieuse de toutes , est aussi la plus exposée. Comme elle sert de rempart aux autres libertés, elle est, par là même, en butte aux attaques de tous les égoïsmes et de toutes les tyrannies conjurés. Si le pauvre, ne pouvant abuser qu’à certains jours, comme à la dérobée , et toujours si promptement châtié de ses erreurs, cède pourtant à la tentation; si, même pour lui , la soumission à la vérité religieuse est un acte découragé, quelle énergie ne faudra-t-il pas à ceux qui peuvent abuser tous les jours et à tous les instants, à ceux qui sont les plus riches, les plus intelligents, les plus forts? Comment resteront-ils fidèles à une loi qui fait leur part aussi petite que possible, et qui vient établir, à leurs dépens, la répartition équitable des biens de ce monde? Aussi n’est-il point d’efforts qu’ils n’aient essayés pour la modifier, la falsifier, la confisquer, et partant pour asservir les consciences. Le schisme et l’hérésie ne sont pas autre chose que la tyrannie des princes ou des sectaires, interceptant et faussant les rapports des hommes avec Dieu; et, de son côté, en supprimant tout secours divin , la révolution livre la multitude désarmée, la raison obscurcie, le droit naturel mutilé, à l’absolutisme sans

limites du mal. En tout temps, la vérité politique et sociale a varié avec la pureté de la vérité religieuse. Chaque altération du dogme et de la morale a été, pour les plus forts, une façon plus commode d’user du pouvoir et de la fortune, un moyen caché de prendre la liberté, la femme et le bien d’autrui. L’intérêt religieux, politique et social du peuple exige donc qu’il soit protégé et défendu contre ces prétendus émancipateurs, qui, après lui avoir jeté, en appât, quelques biens à piller, quelques institutions à détruire, le tiennent ensuite dans une dure captivité.

Qui donc sauvera la raison, la justice et le droit naturel? Qui préservera le peuple des tentatives des plus forts; les plus forts eux-mêmes, des séductions qui les assiègent? Qui saura défendre la vérité, partout menacée, partout combattue, contre les forces organisées, disciplinées, ingénieusement combinées de la féodalité et de l’autocratie toujours renaissantes, contre la puissance envahissante de la centralisation et du césarisme?

La raison, lajustice, le droit naturel, l’indépendance des consciences et la liberté populaire sont à jamais perdus, si, au lieu d’être livrée à tout vent d’interprétation, au morcellement indéfini des opinions et au patronage capricieux d’une poignée de professeurs et de journalistes patentés, la vérité religieuse n’a pas, elle aussi, sa- vie, son organisation, son armée, sa hiérarchie, sa souveraineté, son incarnation visible et permanente, c’est-à-dire son Église.

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