‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 154 sur 219 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

faits , qui doivent en modifier l’application. C’est , dit-on , l’intérêt actuel de l’Église que l’on a en vue, et son triomphe désirable et nécessaire que l’on veut hâter. Malheureusement le monde n’est plus catholique. Pour ramener le peuple aux prêtres et aux autels qu’il fuit, le seul moyen à prendre, c’est de ne pas le contraindre, et d’éviter, avec le plus grand soin, jusqu’à la moindre apparence de l’intervention qui lui répugne le plus, celle de l’État. Faites-lui voir l’ombre d’un gendarme, et sur-le-champ ce fougueux coursier se cabrera, se rejettera en arrière : vous aurez perdu, en un instant, tout l’espace que vous aviez lentement et laborieusement regagné. Laissez-le donc revenir, librement et spontanément, à la vérité, et contentez-vous de demander, pour elle, le terrain du droit commun, d’une parfaite égalité, d’une honnête et loyale discussion. 11 y aura, entre les diverses religions, réciprocité de tolérance, d’égards et de bon voisinage, tout entière à l’avantage de la vérité. Car enfin , ce qui empêche l’homme de bonne volonté de reconnaître et d’embrasser la vérité, n’est-ce pas précisément la protection d’un pouvoir intéressé, qui la dénature, l’enlaidit et la rend odieuse, en la faisant servir à ses desseins égoïstes ?

Au contraire , que l’État laisse chacun professer le culte de son choix , et qu’il se contente d’assurer le bon ordre et une certaine décence publique. Quel que soit son bon vouloir, c’est là pour lui le meilleur service à rendre à la vérité. Son appui ne ferait que la

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SKPAHATION DK L’KGLISE ET DE L’ÉTAT. 333

discréditer. S’il proclartiait la divinité de Jésus-Christ, ce serait assez pour que chacun se fît un point d’honneur de la contester; s’il envoyait ses fonctionnaires à la messe, personne n’y mettrait plus les pieds. Le plus sage est donc de déclarer bien haut que les questions religieuses ne le regardent pas. Vrai ou faux, le catholicisme a droit de sa part à la même protection que le protestantisme et le judaïsme, et chacun reste libre de choisir la doctrine qu’il voudra, ou de n’en choisir aucune.

Cette pensée est aujourd’hui tellement reçue , elle renferme un si intime mélange d’erreur et de vérité, elle est en si parfaite harmonie avec l’état des esprits et avec la situation exceptionnelle de la société présente, on en a si bien mis au jour les avantages passagers et superficiels, on en a voilé avec tant d’art les dangers permanents et croissants, qu’il peut paraître insensé de la discuter. Il le faut pourtant, sous peine de. devenir complice d’un malentendu général, et des calamités qu’il entraînerait à sa suite.

Au premier coup d’œil , rien de plus étrange et de plus significatif que la réunion d’hommes, de toutes nuances, que l’on trouve associés sous ce drapeau soi-disant libéral. Ils y ont été amenés, et ils y sont retenus par les motifs les plus contradictoires. 11 y en a d’honnêtes et de perfides, de généreux et d’égoïstes, de croyants et d’impies; et, chose singulière, les premiers sont si attachés à l’illusion qui les fascine, que ce triste voisinage ne sullit pas à leur ouvrir les yeux.

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