CHAPITRE XX
Tout d’abord , ceux qui ont cru aux conquêtes de 1789, défendent cette prétendue liberté de conscience avec la passion que l'on met à sauver le dernier débris d’un objet tendrement aimé. Les socialistes préféreraient toutes les utopies à la solution de la charité et du dévouement chrétiens , des associations et des corporations religieuses ; les libéraux ne voudraient à aucun prix du pouvoir le plus doux et le plus modéré, s’il était fondé sur une religion d’État. Les uns et les autres aiment mieux un César flattant leurs illusions, et ils s’en vont ainsi à l’antipode de la liberté, plutôt que de sacrifier la chimère de la liberté de conscience.
Après ceux qui aiment 1789, viennent, en plus grand nombre, ceux qui en ont peur. Les gouvernements d’ancien régime, dans l’espoir de désarmer la révolution et de sauver leurs privilèges , épousent une théorie qui, en même temps, caresse leurs vieilles aspirations, et les affranchit définitivement de la suprématie gênante de l’autorité spirituelle : ils ne s’aperçoivent pas que c’est se séparer de la seule puissance en état de les rajeunir. .Les gouvernements d’hier regardent cette séparation comme une condition de leur existence, comme un dernier hommage de reconnaissance au droit nouveau, qui les a élevés; et, en repoussant la main de l’Église, ils rejettent la seule consécration capable de consolider ces édifices d’un jour, bâtis sur le sable mouvant des opinions. Nul d’entre eux ne se doute que leur pusillanimité fait la force de la révolution. Tous ils sont assez
aveugles pour se joindre à leur ennemie contre la souveraineté pontificale, c’est-à-dire contre la dernière et la plus haute personnification de l’union féconde et nécessaire de l’Église et de l’État.
Ce n’est pas tout. Ceux-là voudraient fonder la liberté sans le catholicisme, et la sacrifieraient plutôt que de reconnaître la suprématie de l’Église ; ceux-ci se flattent de consolider l’autorité sans le catholicisme, et l’exposent aux coups de la révolution plutôt que d’accepter le secours et la protection du Saint- Siège. Mais à eux s’ajoute cette foule, dont la Foi est affaiblie, et qui, sans vouloir apostasier, est cependant plus ou moins rationaliste, et admet l’égalité et la vérité relative de toutes les religions. Puis vient encore la masse des indifférents , aimant à ne pas prendre parti, à ne point être troublés dans leurs jouissances, à rester bien avec tout le monde, et criant à la fois vive 89 et vive Pie IX. Viennent, enfin, un certain nombre de catholiques convaincus, qui, croyant trop facilement à la bonne foi de leurs adversaires, s’imaginent rallier à eux les hommes sincères par des concessions, et fermer la bouche aux autres, en les prenant au mot, et les mettant en demeure de donner la liberté pour tous.
De là, une coalition formidable pour défendre cette prétendue liberté de conscience, en qui se résument aujourd’hui le progrès et la civilisation modernes. De là, un entraînement d’opinions auquel peu d’hommes ont su résister. Depuis le plus pur démocrate , jus-