‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 156 sur 219 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

qu’au satrape le plus absolutiste, cbacun a vanté la tolérance du xix' siècle. Lord Palmerston et le prince Gortschakoff en ont parlé aussi bien que M. de Cavour, M. de Schmerling, M. Drouyn de Lhuys, Jules Favre, Victor Hugo, et tant d’autres. On a fait joyeusement à cette divinité le sacrifice des derniers biens et des dernières immunités que l’Église possédât dans l’un et l’autre hémisphère, et l’on soupire après le jour où, le Pape ouvrant les yeux, Rome elle-même se mettra à l’unisson et sauvera le monde en se mettant à la remorque de l’illusion générale.

L'engouement a été tel qu’il ne faut en vouloir ni aux gouvernements, qui ont tendu la main à ces partis si divers, sur le seul point où ils fussent d’accord; ni aux libéraux, qui ont cru à ce séduisant mirage; ni aux catholiques, qui ont cherché à tirer le meilleur parti possible d’une nécessité du moment, et se sont peut-être laissés aller, un instant, à croire à la sincérité et à la réconciliation universelles.

Mais l’heure des rêves est passée. Le sang coule en Italie et en Pologne; le Pape est menacé dans son pouvoir temporel , et il s’agit de savoir qui a raison, ou des catholiques persistant à repousser la protection de l’État comme nuisible , et espérant reconquérir leur antique suprématie à l’ombre du droit commun ; ou des ennemis de l’Église, qui, en la séparant de l’État, se croient sûrs de les vaincre l’un et l’autre, et de devenir les maîtres de la société par le seul effet de cette même liberté.

Nul ne saurait échapper à cette alternative : ou bien, la liberté de conscience établie, toutes les autres viendront à la suite, et ce sera pour la vérité le plus beau et le plus glorieux des triomphes; ou bien la liberté de conscience n’est que le moyen d’amuser la foule et de supprimer libéralement toutes les libertés et toutes les vérités. 11 y a là, pour les uns ou pour les autres , une mystification qu’il importe de faire cesser. Les événements ont singulièrement simplifié cette tâche, et il est aujourd’hui facile de montrer que cette séparation de l’Église et de l’État est une situation chimérique, fausse, transitoire, profondément dangereuse, menant fatalement à la servitude religieuse, politique et sociale.

La paix générale de toutes les religions est séduisante en théorie. Mais , ainsi que les autres conquêtes de 1789, elle suppose à l’homme une nature entièrement différente de celle qu’il a réellement. Et comme un nouveau système, si ingénieux qu’il soit, n’y change absolument rien, nous sommes condamnés, ici encore, à quitter les Eldorados et les républiques platoniques pour revenir sur la terre.

En réalité, la tolérance mutuelle, que l’on représente comme une des merveilles du xi.x® siècle, ne devient possible qu’entre des religions à demi mortes. L’histoire entière n’a été qu’une longue lutte reli-y gieuse. Les dogmes, qu’une philosophie inepte relègue parmilesinnocentesfantaisiesdel’imagination,ontété, de tout temps, l’àme de la morale : ils ont imprimé

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