‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 159 sur 219 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

H ne faut pas s’en étonner. Tant qu’il y aura des catholiques dignes de ce nom, ils seront un objet d’antipathie, de suspicion ou de violences, et eux seuls, s’ils sont au pouvoir, sauront être sincèrement et loyalement tolérants. Ce qui est bien plus surprenant , c’est de voir des hommes sérieux croire à la possibilité et à la durée d’une complète neutralité, et la représenter comme une des phases probables de la vie de l’Église. Dans un remarquable discours prononcé au congrès de Malines , le père Félix lui-même n’a-t-il pas semblé admettre, un instant, ce rêve du temps? Heureusement, il avait pris soin, par avance, de peindre, en traits éloquents, ce que peut être cette guerre dissimulée sous le masque d’une fausse paix : « Vous croyez, disait-il, que j’ai fini de vous peindre l’épreuve de la persécution. Détrompez-vous ; il restait à nos ennemis une ressource suprême, la persécution du mépris.

« Ce n’était pas assez de nous frapper, pas assez de nous nier, ils ont essayé de nous déshonorer. Nous noyer dans le sang fut la première tentative , nous ensevelir dans l’ignorance fut la seconde ; nous étouffer dans la boue , ce fut la troisième. Ainsi font toujours les tyrans, de quelques noms qu’ils se nomment ; ils ont besoin de déshonorer leurs victimes. C’est ce qu’ils ont essayé contre nos frères les chrétiens. Ils ont organisé contre eux ce genre de persécution, particulièrement lâche, infâme et cruel, que j’appelle ici la persécution du mépris, et, depuis ce teraps-là, tous

ceux qui ont rêvé l’extermination de la race des chrétiens n’ont jamais manqué de leur enfoncer dans l’âme ce glaive de la persécution morale , mille fois plus à craindre que le glaive de la f>ersécution matérielle. »

A cette peinture, trop vive pour ne pas avoir quelque teinte d’actualité, qui ne reconnaît la guerre sourde et implacable faite à l’Église aux plus beaux jours de la neutralité contemporaine ?

Chimérique en elle-même, fausse et restreinte dans son application, la liberté dont nous jouissons, au nom de la tolérance universelle, est, de plus, essentiellement transitoire et passagère : elle tient à un concours momentané de circonstances exceptionnelles.

En Angleterre et aux États-Unis, le protestantisme, débordé par l’incrédulité et par le matérialisme , ne parvient plus à se prendre au sérieux. 11 .se sent si malade, que, pour sauver son orthodoxie expirante, il est tenté de se rapprocher de l’antique unité romaine, et qu’il n’a plus la force de la combattre sous le drapeau de son propre symbole. Les catholiques, que l’on regardait jadis comme des ennemis publics, apparaissent comme des alliés, presque comme des sauveurs, au milieu de la confusion des opinions, de l’afifaiblissementdes croyances et d’une dissolution sociale imminente. Les esprits éclairés pressentent que le moment arrive d’opter entre le catholicisme et la raison pure. Chez un grand nombre, leur bienveillance actuelle pour l’Église n’est que l’avant-coureur d’un retour complet.

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