CHAPITRE XX
dresse Mazzini, le pontife persécuté de la jeune Italie, et son Église souterraine, qui s’étend dans tous les bas-fonds de l’Europe, et dont la puissance mystérieuse, minant peu à peu l’ordre moral, se traduit, de temps à autre, par une bombe éclatant à Paris ou à Rome.
• La paix est donc factice , passagère , et , de part et d’autre, chacun aiguise ses armes pour de nouvelles luttes. Le monde d’aujourd’hui ressemble à ce Panthéon français, où la croix brille sur la tombe de Voltaire et de Rousseau. Ces vieux patriarches de l'impiété ne sauraient dormir tranquilles , sous les pieds du Christ qu’ils ont blasphémé. Ils se débattent dans leur humiliation, et il faut ou que la croix tombe sous leurs coups, ou qu’ils s’en aillent eux-mêmes, bannis des autels, qu’ils souillent de leur présente.
Aussi est-il temps pour les catholiques d’ouvrir les yeux sur les combats inévitables qui se préparent, et sur les périls croi.ssants que laisse accumuler la séparation de l’Église et de l’État. Le jour n’est pas éloigné où l’on aura peine à s’expliquer le charme exercé sur les esprits élevés et sur les cœurs généreux par cette fausse liberté de conscience.
Où est le secret de cette énigme? D’où est venue la puissance accidentelle d’une illusion , qui a régné pendant trente années avec un incontestable éclat, et que quelques amants attardés voudraient en vain ressusciter? La chose va s’expliquer d’elle-môme.
Il y eut un moment où l’ancien régime et la révo-
lution se partageaient encore la société sans en excepter les catholiques. Les timides se consumaient en regrets stériles pour un temps à jamais disparu ; les ardents étaient tout occupés de tirer parti de l’avenir, et de faire la paix avec l’esprit moderne, en démêlant ce qu’il avait de noble et de généreux, et en stigmatisant avec lui les abus du passé.
Esprit entier, absolu, superbe, l’abbé de Lamennais I se lança à corps perdu dans la seconde de ces direc- I tions, et ne rêva rien moins que la fusion intime du f principe catholique et du principe révolutionnaire. ^ Suivant lui, l’Église n’était pas antre chose que la I souveraineté nationale spirituelle. Ses dogmes étaient 1 acclamés d’avance par la conscience universelle, et, ^ pour mettre fin à la lutte du bien et du mal , pour accomplir la rédemption définitive du genre humain, il ne restait plus qu’à le jeter dans les bras de la vérité, vers laquelle il aspirait. Tenant plus à son rêve qu’à sa foi, le philosophe de V Avenir vint faire naufrage sur ces bas-fonds de l’orgueil , où- ont échoué
tant de beaux génies.
Ses disciples se séparèrent de lui, avec un courage et une sincérité qui les préservèrent à jamais d’un malheur semblable. Toutefois, demeurant pleinement catholiques sur le terrain religieux, quelques-uns d’entre eux scindèrent, pour ainsi dire, leur tentative, et cherchèrent à se réconcilier avec la société moderne
sur le terrain politique.
On était au beau temps du système parlementaire.