‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 163 sur 219 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

et sacré. Quand les nations seront lasses d’être parricides, elles retrouveront là le bien qu’elles ne possèdent plus. »

Quatorze ans plus tard, quand il lui fut donné de voir, comme couronnement de son œuvre et de sa vie, un de ses fils spirituels chargé par le Souverain Pontife de gouverner l’ordre de Saint-Dominique tout entier, il tint à honneur de justifier la confiance que Pie IX plaçait en lui et dans les dominicains de France. Pour prouver que, dans son esprit, l’ardeur des sentiments, la soif généreuse de réforme et de progrès ne diminuait en rien la pureté nï la solidité des principes, il vint à Rome tout exprès, et non-seulement il s’expliqua sur toutes les questions controversées, mais il signa une déclaration , attestant sa pleine adhésion à la doctrine catholique sur le domaine temporel du Pape, sur l’origine de l’autorité et de la souveraineté civiles, et sur le pouvoir coercitif de l’Église contre les violateurs de ses lois.

Dans la royauté temporelle du Pape , il reconnais- I sait, avec Bossuet, une admirable disposition de la I Providence assurant la liberté et l’indépendance de I son Église. Quant à l’origine de la souveraineté civile,

I il afl'irmait qu’elle venait de Dieu seul, et citait comme i la base de ses convictions et de son enseignement , le célèbre texte de saint Paul, disant que tout pouvoir J vient de Dieu. Enfin, il proclamait hautement que l’Église avait, suivant la parole des conciles, le droit \ formel , non-seulement d’avertir et de réprimander

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ses enfants, mais encore de les châtier quand ils seraient rebelles et incorrigibles, et de les contraindre, par des peines afflictives et corporelles, jusqu’à leur soumission.

Cet acte était trop important, dans la vie du père Lacordaire, pour qu’il n’ait pas dû lui-même en conserver le texte, et, en le publiant, ceux à qui est spécialement confié le soin de cette mémoire , si chère aux catholiques, feraient justice des erreurs et des utopies qui invoquent tous les jours son patronage.

Mort en France, le régime parlementaire s’est perpétué en Belgique. Dans ce pays, la séparation de l’Église et de l’État, qui n’a jamais été complète en France , et que le père Lacordaire n’acceptait que comme un fait accidentel et un mal passager, a prétendu s’ériger en système sérieux, durable'et fécond. On a ainsi le singulier spectacle d’un peuple catholique qui, non content de s’être donné un roi protestant, a pris un soin scrupuleux de retrancher de sa constitution jusqu’à l’ombre d’une protection ou d’un privilège donné au catholicisme, et qui a tenu, en lui accordant une liberté fort large, à en assurer une identique aux autres cultes. L’État n’a point de religion; pourtant c’est lui qui donne l’instruction publique ; elle sera donc nécessairement basée sur le scepticisme. Le mariage civil précède le mariage religieux. La liberté de travailler le dimanche est solennellement protégée, tandis qu’il n’est pas même question de la liberté, non moins sacrée, de le réser-

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ver au repos. Knfin l’indépendance territoriale du clergé est remplacée, non par une indemnité, mais par un traitement, que l’État fournit sans distinction à tous les cultes passés, présents et futurs.

11 y a un pas très-marqué du concordat de 1801 à la constitution belge. Grâce à la sagesse et à la placidité de ce peuple éminemment chrétien , cette séparation de l’Église et de l’État a pu durer trente-cinq ans, sans compromettre entièrement ni la liberté religieuse ni la liberté politique. Au fond, le mal a marché. Les catholiques, qui ont été, en toutes circonstances, sincères, généreux, confiants dans la loyauté de leurs adversaires, sont aujourd’hui certains de ne plus arriver au pouvoir, sans provoquer un appel à l’émeute et aux moyens révolutionnaires; et, s’ils restent éloignés des affaires, ils sont condamnés à voir des atteintes de plus en plus profondes portées, par le parti opposé, à leurs droits et à leurs libertés. Nul, parmi eux, ne songe à violer une constitution qu’ils ont jurée, et qu’ils observent fidèlement; mais ils ont à constater qu’elle est violée, menacée, ébranlée par leurs adversaires. Ce n’est pas leur bonne foi, c’est celle des autres, qui fait défaut, et dont l’absence alarme justement les amis de la vraie liberté. A ce spectacle, le père Lacordaire ne pouvait .s’empêcher de reconnaître que « la Belgique est minée par la même agitation qui ébranle sourdement les royaumes les plus despotiquement gouvernés. »

En effet, pas plus en Belgique qu’en France, il ne

s’agit sérieusement des juifs ni des protestants, que personne ne songe à persécuter, et qui ne sont qu’une infime minorité. Mais derrière la liberté des dissidents se cache celle des rationalistes et des incrédules, et la question est de savoir, non si la Belgique, la France et l'Europe se feront juives ou protestantes, mais si la Belgique, la France et l’Europe seront catholiques ou rationalistes.

Dans cette lutte à mort, il est impossible qu’un gouvernement reste neutre, et qu’il ne porte pas, d’un côté ou de l’autre , le poids de sa bureaucratie et de son administration centralisées. Qu’il le sache ou qu’il l’ignore, chaque garde champêtre, instituteur, maire, sous-préfet, est un agent actif, dont l’exemple et l’influence personnelle profitent à tout instant à l’Église ou au rationalisme. Il en est de môme de la direction générale, qui meut cet immense mécanisme.

Au fond, la neutralité même n’est qu’une religion d’État dissimulée. Car, sans l’avouer, elle installe, peu à peu , la religion qui consiste à n’en avoir aucune. Pour les privilégiés, c’est le culte de l’avancement et des dividendes. Pour la multitude, c’est le positivisme, avec ses convoitises brutales et ses révoltes anarchiques. Pour tous , c’est , à courte échéance, le césarisme, c’est-à-dire la servitude universelle.

Ce danger prochain échappe à la petite aristocratie académique, qui, jouissant d’une indépendance et de loisirs exceptionnels , persiste a rêver l’essor spon-

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