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l’Église sauve la société, il lui faut la liberté ene, non-seulement de sa doctrine, mais de ses instiions, de sa vie publique et de son action sociale. Pour la lui donner, qu’y a-t-il à faire? Loin de moi pensée de déterminer et de préciser les clauses Line paix complète entre l’Église et l’État. Seuleent, qu’on n’aille pas croire que ce traité serait impliqué, et que, pour y parvenir, il faudrait de ingues et laborieuses négociations. Autant cette euvre est difïicile, quand l'État s’imagine avoir à déendre un intérêt opposé à celui de l’Église, et met tOute son habileté, toute sa puissance à obtenir des concessions, que l’Église accepte comme un moindre mal ; autant cette œuvre sera simple, le jour où l’État verra que ses intérêts sont identiques à ceux de l’Église, et cherchera, d’accord avec elle, à réaliser le plus grand bien possible. Pour opérer cette révolution, il ne faut ni changement d’institutions, ni changement de gouvernement : il sufiitd’un changement d’esprit. Au lieu de regarder les institutions catholiques comme desennemisàsurveilleret à contenir, qu’on sache y reconnaître des auxiliaires sûrs et dévoués. Quant aux abus, inévitables au sein du clergé comme partout, qu’on laisse à l’Église elle-même, à ses tribunaux, à ses conciles, le soin de les prévenir et de les corriger, avec plus de sagesse et de sévérité elTicace que le pouvoir civil n’en saurait avoir en pareille matière. En effet, à l’exemple des conseils de guerre, les tribunaux ecclésiastiques ont toujours eu pour mission de réprimer,
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avec une rigueur spéciale, ceux qui abusent de leur caractère sacré. Au contraire, le régime actuel leur assure une sorte d’impunité. Tout prêtre douteux devient l’allié naturel , le serviteur complaisant de l’autorité administrative, et, pour éviter les scandales de la publicité, les supérieurs ecclésiastiques sont trop souvent portés à une indulgence excessive, double inconvénient auquel il est urgent et facile de porter remède.
Ainsi disparaîtront de nos lois les articles organiques, reproduction surannée des erreurs d’un autre âge. L’expérience les a déjà presque tous réduits au néant. Chacun trouvera naturel d’en supprimer le dernier débris , en di.spensant le conseil d’État des pénibles applications de l’appel comme d’abus. Aux ordres religieux, qui renaissent de toutes parts de leurs ruines, et dont personne ne conteste plus les services, on rendra l’existence légale, due à toute association utile. Le clergé recouvrera la propriété de scs églises, et le droit de posséder, dont il est seul exclu. Enfin, remplaçant son traitement annuel par des rentes sur l’État, inscrites une fois pour toutes au Grand-Livre, on fera disparaître du budget et le souvenir honteux des anciennes spoliations, et l’apparence d’une dépendance actuelle , qui ne serait pas moins fâcheuse.
Dans ces mesures si simples, il y a de quoi a.ssurer la pleine liberté de l’Église. Si elle la demande, c’est pour servir et pour sauver la société, dont elle invoque
la protection. Les gouvernements sont libres de lui marchander cet appui. Depuis soixante-quinze ans qu’ils ont peur de ses envahissements , et qu’ils la jettent, périodiquement, en pâture à la révolution rugissant à leurs portes, ils ont pu voir ce qu’ils ont gagné à mépriser ses avertissements et ses secours. Louis XVI a payé de sa tête les folies rationalistes de 1789. Après avoir dépouillé le Pape, Napoléon I®'' a entendu prononcer sa déchéance par les libéraux, auxquels il avait fait appel en 1815. La Restauration et Louis-Philippe n’ont fait que réveiller les passions anarchiques en leur sacrifiant les Jésuites. C’est à nous de profiter de ces leçons et de ne pas recommencer, sur une plus vaste échelle, ces tristes expériences.
Liberté de l’Église, c’est bien. Mais, si vous redevenez religion d’État, n’allez-vous pas persécuter les dissidents, et exercer, au nom de la vérité, une tyrannie d’autant plus dure, que vous serez plus ardents et plus convaincus?
Que les amis de la liberté se tranquillisent. Il ne s’agit point de rallumer les bûchers de l’inquisitioij^ bûche rs qui n’ont jamais fumé â R ome , Ipt que la ^''’^wwrGÎé espagnole n’a opposas qu’à la perfidie d’ennemis plus cruels encore. Le catholicisme se borne à réclamer et à maintenir son droit de légitime défeu.se. Mais, quoi qu’il arrive , il n’en usera qu’avec une ' grande modération et une extrême répugnance. Restant, comme il l’a toujours été, la moins agressive et
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la moins oppressive des doctrines, il n’imitera et n'égalera jamais la violence de ceux qui l’attaquent. La vérité ne saurait renoncer à son privilège le plus glorieux, celui d’être toujours infiniment plus tolérante que l’erreur. Elle sait que c’est uniquement par la persuasion qu’elle conquiert : aussi est-ce toujours à contre-cœur qu’elle repousse la force par la force.
L’exercice paisible du culte juif et du culte protestant ne peut être contesté. A Rome, l’un et l’autre sont tolérés. Les juifs ont toujours été regardés comme des témoins historiques, attestant l’authenticité de l’Écriture sainte et la vérité de nos origines. Renfermés dans leurs familles, ils n’ont jamais eu, et n’auront jamais de puissance de prosélytisme. Qui songerait aujourd’hui à se faire juif? Et même, parmi eux, combien y en a-t-il encore qui attendent le Messie, et qui soupirent après Jérusalem? C’est un miracle que leur conservation, et il faut se garder de l’entraver, en les persécutant. Tout.au plus faut-il s’occuper de surveiller leurs spéculations, et empêcher l’invasion, dans nos lois, des principes trop flexibles de leur morale financière.
Les protestants n’ont plus de raison d’être, ni de force d’expansion , depuis qu’appliquant logiquement leur principe, le libre examen s’est chargé de continuer et de pousser plus avant leurs attaques contre l’Église et la société. Dépassés par la révolution, entraînés par le rationalisme, c’est à grand’ peine si les enfants de la réforme se distinguent encore des
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déistes par une vague croyance, non dans la divinité personnelle de Jésus-Christ, mais dans la divinité de son œuvre. Quant aux orthodoxes de la confession d’Augsbourg ou de la foi calviniste, c’est tout au plus si on en trouverait encore quelques rares échantillons, véritables curiosités archéologiques, aussi intéressantes à garder, dans la collection des maladies de l’esprit humain, que ces vieilles hérésies qui végètent, depuis quinze siècles, au fond de l’Orient. Comme les juifs, les protestants sont donc sans danger. Ils nous servent de témoins historiques, et l’opinion publique fait, à elle seule, justice de leurs coûteux mais stériles essais de propagande.
Qu'on laisse donc aux dissidents leurs droits civils, leurs traitements et les biens qu’ils ont su sauver de la tourmente révolutionnaire. Là n’est pas le péril. Mais derrière eux se cachent le rationalisme et le matérialisme, qui minent secrètement la société, et qui se traduisent, chez les grands, par l’accaparement des capitaux, des affaires et des gros traitements; chez les petits, par la haine des riches et par les passions socialistes. Voilà l’ennemi, voilà la maladie religieuse et morale, qui, en juin 18 à 8 , a forcé les républicains eux-mêmes à des fusillades et à des transportations en masse.
Pour guérir ce mal profond, qu’y a-t-il à faire, et que demande l’Église? Va-t-elle requérir des peines corporelles contre ceux qui, catholiques de nom, refusent d’obéir à ses lois, ou négligent de participer à
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