‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 169 sur 219 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

son culte? Le penser serait outrager sa sagesse et sa modération, et méconnaître l’esprit qui l’a toujours guidée. Et, d’abord, elle n’a pas cessé d’établir une distinction radicale entre le doute, l’inertie et la mollesse, que la persuasion seule peut vaincre an cœur de chacun, et l’hostilité ouverte et publique, contre laquelle il est indispensable de se défendre. De plus, même pour ceux qui l’abandonnent et qui la combattent, elle est la première à reconnaître que les temps sont singulièrement changés. Autrefois, les bienfaits du catholicisme étaient si incontestés, la certitude du peuple si complète, que l’on ne pouvait apostasier sans une mauvaise foi évidente : c’était commettre un crime politique et social, autant que religieux. Aujourd’hui, il faut l’avouer, les lumières de l’histoire et du bon sens ont été troublées par tant de mensonges et de calomnies, le doute a été si habilement et si universellement inoculé , la Foi si minée et si affaiblie, qu’il faut plaindre encore plus que condamner les innombrables victimes de l’incrédulité. Dans la multitude de ceux qui hésitent, qui cherchent la lumière sans l’avoir trouvée, mais qui la respectent chez les autres, il y a un vaste champ à défricher par l’enseignement, la prédication et le dévouement.

En principe, pour être eflicace, la répression doit être légitime et aux yeux du coupable, qui subit sa peine en reconnaissant qu’il l’a méritée, et aux yeux de la société, qui voit dans ce châtiment une expiation et un exemple salutaires. Se plaçant à ce point

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de vue, l’Église et la société tiendront un juste compte de l’état des esprits. Mais, sous peine de périr, elles ne peuvent pas laisser impunis le mensonge et la calomnie sciemment propagés, les outrages grossiers et manifestes au culte et à la morale religieuse. Appliquée avec vigilance, la législation, en vigueur de 1815 à 1848, suffirait à faire cesser ces inexcusables attaques.

La gravité du mal augmente quand, sortant du vague, il prend une forme affirmative, un corps, une organisation, et prépare ouvertement une armée, pour renverser le pouvoir religieux et civil. Cette organisation existe, avec sa force d’expansion et de propagande actuelle, ses réunions, ses chefs, son mot d’ordre, ses serments. Les Papes l’ont dévoilée depuis plus d’un siècle. Ils ne cessent de la signaler à la répression du pouvoir civil , comme un danger permanent pour l’État et pour la société. Ce ne sont pas les Jésuites, dont le régime parlementaire s’est tant préoccupé, ni les conférences de Saint-Vincent de Paul , objet récent des inquiétudes et des rigueurs administratives, ce sont les sociétés secrètes et la franc-maçonnerie qui forment la puissance offensive du mal. Là se transmettent, sous les auspices de l’Être suprême, que l’on daigne, tout au plus, encore y invoquer, les pures formules de 1789, la liberté et l’égalité natives de tous les hommes, la négation de la déchéance originelle, l’émancipation spontanée de l’humanité, la négation de toute autorité civile et spirituelle, et la

CHAIMTRE XXJ.

fusion de tous les cultes en un vague et pauvre symbolisme, laissé en pâture aux âmes qui ont un invincible besoin de religion.

Dès 1738, le pape Clément XII signalait ces sociétés alors naissantes, « dans lesquelles des hommes de toute religion et de toute secte, affectant une apparence d’honnêteté naturelle, se lient entre eux par un pacte aussi étroit qu’impénétrable. « Et, un siècle plus tard, Léon XII, répétant cette condamnation, s’écriait : « Plût à Dieu que ceux qui avaient le pouvoir en main, aient su apprécier cet avertissement autant que l’exigeait le salut de la religion et de l’État ! Plût à Dieu qu’ils aient vu dans les successeurs de saint Pierre, non-seulement les chefs de l’Église catholique, mais encore les plus fermes appuis des gouvernements, et les sentinelles les plus vigilantes pour découvrir les périls de la société! Plût à Dieu qu’ils aient employé leur puissance à combattre et à détruire les sectes dont le Saint-Siège leur avait découvert la perfidie 1 Princes catholiques , les choses en sont venues aujourd’hui à ce point qu’il vous faut réprimer les sociétés secrètes, non-seulement pour la défense de la religion catholique, mais pour votre propre sûreté et pour celle de vos peuples. La cause de la religion est, maintenant surtout, tellement liée à celle de la société qu’on ne peut plus en rien les séparer. » Ces avertissements viennent de recevoir de la bouche de Pie IX une solennelle confirmation.

Ainsi, bien qu’on ferme les yeux sur ses progrès, il

LMON DE L’ÉGLISE ET DE L’ÉTAT. m

y a un corps d’armée, organisé dans le monde entier, se recrutant chez tous les peuples et dans tous les cultes, L’Église est l’ennemie à laquelle il a déclaré une guerre à mort. La franc-maçonnerie flatte les gouvernements à condition que la Foi soit persécutée ; elle demande la liberté pour tous, pourvu qu’on la refuse aux catholiques; et, suivant l’éloquente expression du prince de Broglie, elle invoque la liberté de conscience, sans avoir ni une veine de liberté ni une fibre de conscience. Sous ce drapeau , il ^ a des millions de dupes, qui croient poursuivre honnêtement l’émancipation universelle, et qui reculeraient d’horreur, s’ils apercevaient le but où on les mène. En France surtout, où le caractère national répugne profondément aux vengeances ourdies dans l’ombre, aux conspirations hypocrites et perfides, cette association se résume, pour le plus grand nombre, en joyeux banquets ou en souscriptions humanitaires. Mais, au milieu du chaos de passions ineptes et contradictoires, qui semblent se neutraliser et se consumer en luttes stériles, une force supérieure coordonne les efforts, dirige les volontés, tire parti des aspirations, et les fait servir à la réalisation d’un plan unique , conçu avec une logique profonde, suivi avec une infatigable persévérance. Cette force directrice, qui apparaît à chaque instant, et sans laquelle l’histoire et la vie sont inexplicables, c’est le génie du mal.

Le génie du mal ne peut s’avouer lui-même. Comme son existence est proclamée par la conscience univer-

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