CHAPITRE II
des équilibristes , c’est une activité puissante et féconde; ce n’est pas la libre profusion de systèmes également inoffensifs, élaborés dans leurs doux loisirs par des têtes aristocratiques, c’est le triomphe du système vrai, qui réalisera le bien-être du pauvre, l’émancipation des opprimés, le réveil des hommes et des nations asservis.
En vain espère-t-on calmer par le bien-être cette soif de vérité et de justice. Le Français reste ce qu’il est, et la religion de l’intérêt bien compris si pieusement pratiquée par nos voisins d’outre-Manche ne lui .suffira jamais. Chez nous, les grandes fortunes ont surtout été faites par des étrangers ou par des hommes ayant, par exception, les qualités qui nous manquent. Chez nous, le riche ou le pauvre dépense son or plus vite qu’il ne le gagne. Si loin qu’ils soient poussés, le luxe et le plaisir ne le satisfont qu’un instant. Au nom de quelque infortune à secourir , de quelque iniquité à châtier, au bruit de la trompette et du canon, il oublie son opulence ou sa misère ; il a trouvé sa joie, son élément , sa vie.
De là, malgré nos progrès matériels, les révolutions qui, de quinze en quinze ans, trahissent le malai.se des esprits. De là l’impuissance des théories politiques, qui n’ont cherché leur appui que dans l’essor de la prospérité publique. 11 n’y a pas à balancer. Toute doctrine , toute aristocratie, tout gouvernement qui renoncera à résoudre ces grands problèmes , est par cela même condamné à périr. 11 n’est point de
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OPPORTUMTÉ DK L’ENCYCLIQUE. 4 .<
révolution, de calamité, d’utopie, que la multitude ne préfère à l’abandon de ses généreux désirs.
Or, que répondent les philosophes, les politiques, les économistes, au peuple qui les presse de se mettre d’accord, de lui donner une solution, ou du moins de lui indiquer les ennemis à combattre et les obstacles à vaincre? A les entendre, at c’est le seul point où ils parviennent à se concerter, l’ennemi ou l’obstacle, c’est l’Église, c’est la Papauté. Pour les uns, .son influence cachée, hostile à tout progrès, paralyse fatalement les efforts de l’humanité. Pour les autres, son immobilité entraîne le naufrage universel , alors qu’il lui serait si facile de l’empêcher en se rajeunissant au contact d’une nouvelle civilisation. Chacun lui reproche de ne pas consacrer, comme un monument d’éternelle justice, sa petite recette politique et sociale, son plan de réforme et de constitution; et, pour se donner le temps de recommencer plus à l’aise ces maisons de sable, tant de fois renversées, que la prochaine marée emportera encore , on livre aux fureurs populaires la seule autorité capable d’éclairer et de réconcilier les âmes.
A force d’entendre répéter qu’il faut transformer l’Église, la multitude conclut que le plus court est de la détruire, et de voir comment les choses iront sans elle. Aussi n’est-ce ni au Grand Turc, ni au czar, ni à l’Angleterre que les maux universels sont imputés, mais bien à ce pouvoir du Pape, que le traité de We.stphalie a exclu de la diplomatie, que le pro-