L’ENCYCLIQUE
U U 8 DECEMBRE 1 8j6 4
ou L’ÉGLISE, L’ÉTAT ET LA LIBEKTÉ
PRÉFACE
Il est des temps et des peuples qui se contentent d’une petite somme de vérités religieuses, politiques et sociales, et qui, trouvant dans ce cercle étroit la satisfaction de leur égoïsme ou de leur apathie , végètent dans une honteuse immobilité. C’est le privilège des peuples catholiques et, entre tous, de la France, c’est la gloire des temps modernes et, entre t tous, du XIX® siècle, de poursuivre en toutes choses l’idéal et la perfection, et d’avoir de morale, de justice, de vérité, de progrès, de liberté, une soif que rien ne peut éteindre. Aujourd’hui, depuis les princes
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et les ministres en disponibilité jusqu’à l’ouvrier aux prises avec un labeur incessant, chacun remue, avec la même ardeur, les problèmes de nos destinées, chacun scrute jusque dans leurs bases la religion , la politique et la société. Plus on creuse ces questions si diverses, plus on s’aperçoit qu’elles sont intimement unies, et, avec la solidarité croissante qui étreint également toutes les nations et toutes les âmes, avec l’ascendant légitime que la France exerce sur l’opinion du monde entier, on est autorisé à dire que du mouvement qui agite les esprits sortira, au moins pour la génération présente, une solution décisive et universelle.
A cette heure solennelle où l’indifférence n’est permise à personne, le vicaire de Jésus-Christ, héritier de deux cent cinquante papes et chef spirituel de deux cents millions de catholiques , ne pouvait rester silencieux. De là, au contraire, pour lui le devoir, plus impérieux que pour tout autre, et le droit, dont il ne peut seul être privé , de prendre la défense des intérêts sacrés qui sont en jeu , et de rappeler comment l’Église les comprend , comment elle a mission de les protéger, de les servir et de les sauver.
Pie IX a parlé. L’émotion indescriptible causée par son Encyclique prouve qu’il a été au cœur môme de la difficulté. Tout d’abord, obstacles, mensonges, calomnies, se sont accumulés autour de ce document mémorable. Mais ces efforts désordonnés et contradictoires n’ont fait que rendre plus éclatante la vic-
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toire de la Papauté. Se jouant des entraves matérielles, sa voix est parvenue jusqu’aux extrémités du monde, et, à ceux qui prétendaient que le Pape seul avait parlé, et qui conjuraient les évêques et les fidèles de ne pas être de son avis, l’Église entière a répondu, comme en 1862 , par ce cri unanime des consciences, qu’aucune puissance humaine ne serait capable ni de produi.re ni d’étouffer :
« Nous adhérons ‘ du fond de nos entrailles à ce U que le nouveau Pierre vient d’enseigner. Car, très- « saint Père, vous êtes pour nous le maître de la saine « doctrine, vous êtes le centre de l’unité, vous êtes « pour les peuples la lumière indéfectible, préparée (( par la sagesse divine; vous êtes le fondement de « l’Église elle-même, contre lequel les puissances de « l’enfer ne prévaudront jamais. Quand vous parlez, (I c’est Pierre que nous entendons ; quand vous décré- « tez , c’est à Jésus-Christ que nous obéissons. »
Toutefois, il y a une seconde victoire à remporter, dont celle-ci n’est que le prélude, un édifice à élever, dont l’adhésion de l’épiscopat et des fidèles n’est que la première assise, et auquel chacun aujourd’hui doit apporter sa pierre. La doctrine de l’Église a été nettement affirmée et définie. Reste à en chercher, à en poursuivre, à en opérer l’application, chacun dans la sphère de son activité, politique, scientifique ou sociale.