Déclaration des évêques, du 9 juin
PKÉFACt.
C’est la politique et l’économie sociale tout entière qu’il s’agit de mettre d’accord avec l’enseignement catholique. En le précisant, la théologie ne nous ferme pas, elle nous trace la voie du progrès. Loin d’être une entrave, la foi n’est qu’un flambeau, à la lumière duquel s’exercent la liberté et le devoir du citoyen.
Accomplissant la mission doctrinale qui leur est réservée, les évêques ont eu soin de nous avertir que, posant les principes, l’Église ne prétendait nullement nous contraindre à les appliquer d’une façon violente, absolue, chimérique, et encore moins nous ramener au joug odieux d’un absolutisme suranné. Mais, s’ils ont fait justice des extravagants qui faussaient et calomniaient l’Encyclique, ils ne condamnent pas moins sévèrement ceux qui n’y verraient qu’un exposé platonique de doctrines immuables, dont on pourrait librement et indéfiniment s'écarter dans la pratique, pourvu qu’on les respectât en principe. Nous sommes donc invités à voir comment nous pouvons, au temps où nous sommes et dans le pays que nous habitons, travailler chacun d’une façon pacifique et régulière, mais en même temps ferme et persévérante, à réaliser le type de vraie liberté que proclame l’Église.
Quelles sont d’un côté les lois invariables de toute société, de l’autre les nécessités particulières, les tendances, les passions, les préjugés, les erreurs, les dangers de celle où nous vivons? Les principes en qui celle-ci a placé sa confiance sont-ils réellement en
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opposition avec ceux de l’Encyclique? Si elle se trompe sur un point aussi grave , n’est-ce pas compromettre son avenir et sa vie? Dans quelle mesure peut-elle encore échapper à ce péril et rentrer dans la voie du progrès véritable? Voilà pour qui aime sa patrie, pour qui aime la liberté (et le chrétien les aime plus que personne), un problème urgent à résoudre. Point de doute, point d’incertitude, point d’insouciance possible sur un pareil sujet, et quand, après y avoir mûrement réfléchi , on est arrivé à voir clairement ce qui importe au bien et au salut commun, rien au monde ne saurait dispenser ni empêcher de le dire à son pays.
Ce n’est donc pas ici une œuvre théologique, qui ne serait pas de ma compétence, et qui, après les en.seignements de nos évêques, serait aussi superflue que déplacée; c’est un simple exposé politique et pratique, fait pour répondre à l’appel de l’Église, et en tous points, je l’espère, conforme à sa doctrine, que je soumets au bon sens public.
CIIAPITRK 1.
u’r.NCYCLIQl'E DT 8 DÉCEMBRE 1804 ET I. A CONVENTIOV DU 15 SEPTEMBRE,
OU ULTIMATUM DE l.’ÉCI.ISE ET DE l.’ÉTAT.
L’Encyclique du 8 décembre 186A ne s’adresse ni à un homme, ni à un parti, ni à un peuple isolé. Elle s’adresse au xix® siècle tout entier.
Sans souci des intérêts humains qui pouvaient l’engager au silence, le Saint-Siège se met seul, avec un héroïsme que ses adversaires eux-mêmes admirent, en travers de l’impétueux et universel courant des illusions du temps. Chercher dans sa parole une réponse à la convention du 15 septembre, ce serait réduire aux mesquines proportions d’une discussion personnelle le calme et solennel enseignement destiné au genre humain.
Le seul rapprochement possible entre ces deux actes, c’est que la convention nous donne jusqu’à un certain point la mesure des erreurs et des dangers que signale l’Encyclique. Au fond, l’Encyclique est antérieure à la convention , car elle ne fait que repro-
CHAPITRK 1.
(luire et qu’afîinner' plus nettement des vérités qui sont de tous les temps et de tous les papes. De même, dans la convention, rien de nouveau, rien de surprenant, rien d’inattendu. Ce n’est qu’une étape marquée d’avance sur la route que nous suivons depuis longtemps. La ligne du Saint-Siège ne dévie pas; celle de la société moderne paraît s’en écarter de plus en plus. La convention l’avait timidement constaté, rCncyclique le déclare catégoriquement. De là la nécessité d’une explication franche, d’où sortira une réconciliation ou une rupture définitive.
Avant tout, n’éludons pas la question au lieu de la résoudre. Nous ne sommes plus au premier instant, où, au milieu des clameurs menteuses qui se croisaient, il fallait se hâter de montrer que l’Encyclique n’était ni une attaque aux gouvernements établis, ni une condamnation de la liberté. Avec la rapidité de l’éclair, un évêque illustre , descendu dans l’arène de la polémique , a ras.suré'les esprits alarmés , en leur montrant clairement ce que l’Encyclique n’était pas. Aujourd’hui, il reste à voir ce qu’elle est, et à trouver en elle ce qui doit, non-seulement ne pas blesser, mais attirer, satisfaire, captiver toutes les âmes droites et généreuses. Ce serait peu qu’elle fût inoffensive; elle doit être souverainement efficace, bienfaisante, opportune, et aux princes comme aux peuples, à l’autorité comme à la liberté, elle doit offrir la seule garantie véritable, la seule réconciliation possible.