CHAPITRE III
Pour résoudre ce problème en dehors de la religion, les uns ont cru qu’il suflisait de supprimer l’Ûat, les autres de le développer au delà de toute mesure : exagérations également insensées, qui ne changent . rien ni à la nature des choses ni aux nécessités sociales.
Fn effet, pour que l’État fût inutile, il faudrait que l’homme fût bon par nature, et qu’il cherchât spontanément sa félicité dans la carrière sans limites du vrai, du beau et du bien. Or, ici l’avare entasse pour ses jouissances un or mal acquis; là le débauché ne compte ses joies que par le nombre de ses victimes ; ailleurs l’ambitieux verse des flots de sang pour accroître son empire, pendant que le sectaire séduit et fascine les consciences. Aux prises avec ces ennemis, la propriété, la famille, le pouvoir, la religion, l’ordre, la paix, les mœurs ne subsisteraient pas un seul instant sans une force publique, organisée pour préserver dans leurs sources fécondes le travail, la richesse, la population et la vertu.
Au contraire, pour que l’État pût en se développant remédier à tous les maux , il faudrait qu’il fût à son tour sans défaut ou capable de se corriger lui-même. Le gouvernement, nous disent ces seconds rêveurs, représente, dans leur valeur moyenne, la nature, la conscience, la raison du peuple tout entier. Le penchant au mal n’est que l’exception. La grande majorité cherchant sincèrement le bien, les hommes choisiront naturellement pour chefs les plus éclairés et les