‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 27 sur 219 · QÜ’EST-CE QUE L’ÉGLISE ET L’ÉTAT · texte numérisé non relu

QÜ’EST-CE QUE L’ÉGLISE ET L’ÉTAT

plus vertueux d’entre eux, en sorte que l’État, ayant ainsi dans la conscience publique son flambeau moral, conduira les autres, d’une main sûre, dans la voie d’un progrès continu et indéfini. Sur cette hypothèse, soigneusement abritée des chocs et des accidents de la réalité, que de constitutions parfaites, ingénieusement élaborées par de jeunes mathématiciens ou par de vieux célibataires , que le souci d’une famille n’est jamais venu réveiller de leurs illusions! Là précisément est le nœud de la question. Car admettez que le penchant au mal et à l’erreur soit la règle générale, la raison saine et droite l’e.xception , et qu’à part quelques âmes d’élite, l’immense majorité ait besoin d’un secours divin pour échapper à sa corruption native; alors, écho trop fidèle de toutes les faiblesses et de toutes les passions, l’État sera sans force pour les combattre.

Laissons là les théories. Ouvrons les yeux sur la réalité. Depuis le déluge jusqu’à nos jours, et d’un pôle à l’autre, l’État existe, et il existe hérissé d’imperfections. 11 est à la fois nécessaire et défectueux , .sous l’empire des passions qui condamnent les peuples à être gouvernés, et à l’être par des hommes semblables à eux. Par une triste mais inexorable loi, son pouvoir devient d’autant plus défectueux qu’il est plus nécessaire. Sa puissance et ses abus se développent en proportion de nos vices.

En effet, de qui se compose l’État? Est-ce réellement des plus vertueux, choisis par la majorité? Non.

CHAI'ITHE III.

Il se compose des plus forts, imposés par la nécessité. Les combinaisons les plus subtiles ne sauraient modifier sa nature. Pour subsister, l’État a d’abord, et avant tout, besoin d’être le plus fort. Or, cette force n’est aux mains ni des femmes ni des enfants, qui forment les trois quarts du genre humain, et, sur le quart du reste , le plus grand nombre est dans l’impossibilité de défendre lui-même ses intérêts. Sous quelque forme qu’il cherche à se dissimuler, le pouvoir appartient donc à cette petite fraction qui est la plus vigoureuse, la plus capable et la plus riche, triple aristocratie que tous les temps ont subie.

Chose singulière, l’autorité est ainsi à ceux dont il serait le plus urgent de prévenir et de réprimer les excès. Imposant volontiers des limites aux passions des petits , ils n’en acceptent que difficilement pour les leurs. Changer la forme du gouvernement ou les hommes qui le composent, ce serait tailler dans la chair malade , mais nullement guérir le principe du mal. Passez des monarchies aux républiques, des républiques aux grands empires, l’État semble condamné à se corrompre en se développant. 11 se trouve fatalement placé sur une pente d’autant plus rapide que sa puissance est plus concentrée.

Le problème subsiste donc tout entier. Qui nous donnera le secret d’un système politique se soutenant autrement que par les satisfactions accordées aux plus forts aux dépens des plus faibles? Comment préserver du venin de la richesse et du pouvoir ceux qui sont

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les maîtres de leur pays? Où trouver, dans l’homnie ou hors de l’homme, une force supérieure à celle des plus forts, un frein assez puissant pour contenir leurs insatiables convoitises, les empêchant de gaspiller, en une orgie d’un jour, tes ressources et l’avenir de toute une nation?

La force matérielle se charge de répondre à cette question. Au milieu même de ses triomphes, elle est obligée de reconnaître, d’invoquer, de proclamer la suprématie de la force morale. Quoiqu’on révolte permanente contre cette puissance supérieure, elle lui doit sa grandeur, sa durée et jusqu’à son existence.

Les passions peuvent bien exploiter, centraliser, dévorer. La vertu seule produit. Remontez aux sources cachées de la vie : point de richesse qui ne provienne du travail et de l’économie; point de santé, point d’intelligence, qui n’ait puisé sa sève en une sobre et laborieuse activité ; point d’enfants qui ne doivent le jour aux souffrances et aux sacrifices de leurs parents.

Ainsi, les plus forts ont besoin de certaines vertus en eux-mêmes, rien que pour entretenir leur vigueur et pour conserver leur sang ; ils ont besoin de certaines vertus dans les autres , pour que la richesse et la population ne disparaissent pas sous leurs mains. Enfin, quoique naissant naturellement et spontanément des inégalités humaines, le pouvoir, pour durer, a besoin d’une consécration puisée plus haut que dans un triomphe de fait ou dans une victoire d’un jour.

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