CH A PU RE III
ainsi reconnues et proclamées par la conscience publique, se sont imposées comme une loi inflexible. A mesure que ce niveau moral s’est élevé, les peuples, respectant davantage un pouvoir moins égoïste et moins rigoureux, ont pu jouir d’une liberté croissante, c’est-à-dire qu’il ont pris une part moins restreinte à la direction de leurs propres alTaires.
C’est en vain que les formes politiques les plus ingénieuses prétendraient remplacer cette base première de toute société. Donner aux Turcs et aux Chinois la liberté de la presse et une constitution parlementaire serait dérisoire. Que leurs croyances commencent par en faire des hommes et des hommes honnêtes. Jusque-là leurs institutions seront forcément le reflet de la tyrannie, qui, chez eux, règne jusque dans les familles.
Aussi , par une sorte de régime représentatif aussi ancien que le monde , le gouvernement d’un pays est toujours modelé sur sa religion. Elle seule, si elle est digne de sa mission , peut réaliser, dans une certaine mesure, la vraie liberté, c’est-à-dire la liberté pour tous. Elle seule peut stipuler en faveur des petits, des faibles, des opprimés. De là, pour elle, la nécessité d’être indépendante de l’État, et d’avoir, comme lui , son organisation, sa hiérarchie, sa souveraineté , capables de protester contre la violence triomphante , de faire rougir le vainqueur lui-même de ses méfaits, et d’opposer à l’empire de la force matérielle celui de la force morale. De là aussi la tendance persistante
Digilized by Coogle