CHAPITRE III
plus menacée, au milieu du va-et-vient des flots de la démocratie, qu’au sein des communes et des républiques du moyen âge. Dans la mêlée des opinions et des systèmes, les consciences sont, plus que jamais, oxpo.sées à être la proie de l’erreur, qui ne les charme un instant qu’afin de -les asservir. Pour contenir et pour diriger toutes ces forces déchaînées, la puissance concentrée de l'État est condamnée à se perfectionner et à grandir tous les jours. Bientôt, si elle ne trouve pour contre-poids une puissance morale, organisée et centralisée comme elle, ayant une vie surhumaine et divine , c’en sera fait de la liberté et de la conscience individuelles , livrées sans secours aux engrenages de ce gigantesque mécanisme.
En présence d’un tel mal, la religion naturelle, proclamant l’expansion légitime et progressive des forces humaines, ne serait plus que l’apothéose de l’État, en qui se résument ces forces. Dans les mains de ce pouvoir, déjà si formidable, le rationalisme consacrerait, en réalité, l’union tyrannique de l’autorité spirituelle et de l’autorité temporelle.
La séparation de l’Église et de l’État ne serait ellemême qu’une fiction, qui nous mènerait droit à l’abîme au lieu de nous, en éloigner. Car, à mesure que la société se développe et se perfectionne, elle devient de plus en plus incompatible avec l’Église, si l’Église n’en reste pas la reine et la modératrice. Du moment que la grande machine sociale n’est pas chrétiennement organisée, la solidarité croi.ssante, qui en
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unit tous les rouages , conduit à l’impossibilité matérielle de vivre, à l’impossibilité de vendre et d’acheter en restant chrétien. En sorte que si nous ne marchons pas à un nouveau règne de Jésus-Christ, nous rendant les libertés qui nous échappent, nous sommes fatalement et inévitablement entraînés à l’anéantissement de l’Église et de toutes les libertés.
Certes, l’Église, qui n’est qu’une force morale, c’est-à-dire la liberté par essence, ne peut exercer son intervention que si cette intervention est demandée, réclamée, soutenue par la conscience publique. Les armées et les immenses ressources dont elle disposait au moyen âge, n’étaient pas autre chose que la libre adhésion des peuples, que la libre soumission des forces matérielles et militaires, et cette prééminence ne saurait être rétablie que par un nouvel acte de liberté. Mais cet acte de liberté est de plus en plus nécessaire, et il ne serait pas moins insensé aux peuples modernes de s’interdire d’avance ce moyen de salut , qu’il ne l’est aux solidaires de Belgique de s’engager à ne jamais redevenir chrétiens. Si la foi catholique, dans la plénitude de sa vie et de ses droits, ne vient pas vivifier et faire servir au bonheur de tous la science, l’industrie, l’opulence, la politique moderne, la société se perdra politiquement et socialement. Elle tombera dans une décadence et sous un joug cent fois pires que ceux des empires païens, pendant que, de son côté, l’Église, au milieu d’une apparente liberté, se verra réduite à l’impossibilité de
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subsister. Il faut choisir entre la théocratie césariennne ou l’omnipotence de l’État, terme suprême de la civilisation rationaliste, négation de l’oeuvre et du règne du Christ, et la religion qui est à la fois le chef-d’œuvre de Dieu et le chef-d’œuvre de la liberté humaine; car elle obtient la plus grande somme possible de libres vertus, de libres efforts, de libres sacrifices, et elle réduit d’autant la répression et la contrainte matérielles, malheureusement nécessaires à la société.
Non-seulement le retour à la vérité est urgent; mais, en lui-même, il est la plus facile et la plus pacifique des évolutions. Ce n’est pas autre chose que passer d’un régime condamné à être de plus en plus violent à un régime harmonieux et régulier. C’est trouver dans l’ordre surnaturel les moyens de répondre aux légitimes aspirations de la nature, aux besoins impérieux des peuples, aux désirs excités, mais non satisfaits, de la société moderne.
Dans ce rapide examen, nous retrouverons l’une après l’autre toutes les erreurs signalées et résumées par le Syllabus. Nous les verrons produisant successivement leurs tristes fruits, s’enchaînant entre elles, avec une logique déplorable, pour former peu à peu le faisceau du rationalisme, du naturalisme et du socialisme, triple péril dont l’Encyclique nous indique à la fois la gravité et le remède suprême.
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