‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 35 sur 219 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

s’est évanoui, et, depuis qu’une poignée de Français ont enfoncé les portes de Pékin, on ne pourrait plus , sans se couvrir de ridicule, citer la Chine comme un pays modèle.

Le Céleste Empire étant mis hors de concours par la bravoure de nos soldats, nos sages se rabattent sur l’empire romain et sur l’ère des Césars. Retournant en arrière de dix-huit siècles, ils reconstruisent, dans le lointain du passé, à l’abri des canons rayés et des voyageurs indiscrets, un nouvel idéal et un régime selon leur cœur. En effet, avant la Chine, Rome a réellement été le chef-d’œuvre de la civilisation sans l’Église. C’est bien là que les apôtres du progrès prétendent nous ramener, et les servitudes, cachées sous le manteau de 1789, ne sont pas autre chose que les bourgeons du vieux césarisme renaissant sous nos pieds. Aussi rien de plus juste ni de plus intéressant, rien de plus actuel ni de plus pratique que de considérer en lui-même ce type, dont légistes et conquérants, petits et grands despotes ne cessent, depuis, de s’inspirer.

Rome n’était elle-même que le résumé de quatre mille ans de travaux et de civilisation. Grâce à la division des langues, l’expérience, faite d’abord au pied de la tour de Babel, s’était renouvelée d’un pôle à l’autre sous cent forme diverses. Puis, après avoir librement exploré le monde et la science , après avoir cherché, chacun de son côté, le secret de leur destinée , ces cent peuples séparés étaient venus remettre

en commun, au sein de l’empire romain, le fruit de leurs labeurs et de leurs découvertes.

Que manquait-il à cette puissante réunion pour assurer au monde paix, unité, grandeur et liberté? Aux antiques Phéniciens Rome avait pris leurs vaisseaux et le domaine des mers, à la Grèce ses œuvres inimitables d’art, de poésie et de sagesse, à l’Asie ses trésors fameux , à l’Égypte ses inépuisables moissons et ses bibliothèques séculaires. Le moment semblait venu de tirer parti de tous ces éléments, de revoir et de coordonner les lois de Moïse, de Minos, de Lycurgue, de Solon et de Numa. Le genre humain n’avait plus qu’à recueillir ses souvenirs, ses lumières éparses, et qu’à prendre enfin possession de lui-même après une si longue attente.

Pourtant, en dépit de quelques adorateurs intéressés, cet empire, en qui s’étaient concentrées toutes les forces de l’antiquité, n’aboutit, on le sait, qu’à la corruption et à la tyrannie la plus hideuse. Plus de travail libre ni d’honnête propriété; le sort des esclaves empirant chaque jour, et leur nombre croissant sans mesure; le divorce et l’infanticide impunis; les femmes disputant aux hommes la célébrité du vice; la vie et la fortune de chacun à la merci d’un délateur ou d’un proconsul, et, pour digne couronnement d’un tel édifice, le pouvoir absolu, illimité, d’un Tibère, d’un Néron, d’un Caligula : voilà la merveille bien connue de la société avant l’Église.

C’est en vain que les courtisans du césarisme

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