‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 37 sur 219 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de tous les peuples et de tous les dieux n’étaient plus que des jongleurs, exploitant, d’acnord avec l’état, les restes d’une superstition expirante. Pour jouir en paix de leurs privilèges et de leurs richesses, ils avaient consenti à proclamer l’empereur souverain pontife, rédempteur, enfin Dieu en personne. C’était le seul moyen de ne pas périr. Depuis qu’elles se trouvaient ainsi en présence dans la capitale du monde , ces innombrables croyances, bizarres et contradictoires, ne pouvaient plus se prendre au sérieux. Elles arrivaient précisément à se fondre au sein de ce vague rationalisme, aujourd’hui reproduit par nos libres penseurs. A les entendre, la raison humaine, dégagée des traditions symboliques et légendaires de son berceau, devait puiser en elle-même le secret de toute vérité et le remède à tout mal. La raison de la grande majorité se reflétait, naturellement et forcément, dans l’État. Elle avait dans l’empereur sa personnification la plus haute. C’était là le Messie, le Rédempteur si longtemps promis, si longtemps attendu. En sacrifiant à César, on adorait la justice éternelle en son représentant visible. Ainsi tous les jwuvoirs spirituels et temporels étaient réunis et confondus dans la main de l’État.

Que devinrent la morale et le droit naturels , qui avaient fait jadis le fond commun de toutes les religions, et que l’on prétendait sauver et restaurer en leur donnant pour point d’appui la conscience et la raison individuelles? Les passions, qui avaient été

assez fortes pour défigurer les dogmes primitifs et pour en faire sortir le paganisme, eurent libre carrière pour fausser en chacun les lumières du bon sens et de la justice. L’immortalité de l’àme ne fut plus bientôt elle-même qu’une conjecture. A la sanction des récompenses et des peines éternelles, rejetées parmi les mythes d’un autre âge, succédèrent la menace et la séduction, toujours présentes, des châtiments et des faveurs tombant du trône de l’empereur. César fut réellement dieu sur la terre, seul infaillible, seul tout-puissant, et le culte que l’on croyait rendre, en sa personne, à la raison universelle, devint la plus brutale des religions, celle de l’or , de la force et des jouissances matérielles.

Condamnés à des aspirations isolées et à de vagues protestations, les gens de bien n’avaient plus d’organisation, plus de sacerdoce, plus d’unité. Ce qui leur restait d’indépendance fut promptement broyé par les rouages de la grande machine gouvernementale , d’autant plus perfectionnée que la société était plus impuissante, d’autant plus centralisée que les croyances étaient plus morcelées, d’autant plus violente et plus arbitraire qu’elle était le point de mire et la pâture de toutes les convoitises.

Le pouvoir était réduit à la force matérielle. Or, par elle-même, la force matérielle est aussi incapable de produire le moindre bien que de formuler la moindre vérité. Pour échapper aux étreintes de ce despotisme brutal , les peuples cherchaient un faux

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