‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 38 sur 219 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

affranchissement dans la liberté du mal, qui ne faisait qu'accroître leur misère et leur servitude. La religion du serment n’était plus qu’un jeu. Malgré les précautions d’une police raffinée etd’une justice impitoyable, ceux qui, aujourd’hui, adoraient le dieu César et lui juraient éternelle fidélité, se donnaient, le lendemain, la triste satisfaction de le poignarder et de le remplacer par un maître pire encore.

Le mariage, jadis placé sous la protection des dieux, pris à témoin de l’engagement inviolable des époux, fut réduit à un contrat précaire, résultat de convenances passagères, que le moindre accident pouvait mettre à néant. La femme chercha son émancipation dans le divorce et dans la stérilité. Malgré les primes données par l’État aux familles nombreuses, la population, tarie dans sa source, se restreignit peu à peu aux proportions fixées par l’égolsme. Les esclaves, dont le sort empirait, et restait consacré comme une nécessité sociale par les philosophes les plus généreux , se révoltaient contre la loi du travail. Réunis en bandes formidables , ils exerçaient sur les populations libres de terribles représailles, qui ne laissaient d’autre parti à prendre que de les exterminer.

Au milieu de celte corruption générale, le pouvoir, assiégé par le vide qu’il faisait autour de lui, était un monstre affamé, se hâtant d’arracher tout bien dans sa racine, dévorant, dans l’empire, aux frontières et jusque dans les pays les plus lointains, ce que la vertu y produisait encore d’hommes valides.

de soldats, de moissons, de richesses. Les moyens matériels à sa disposition n’étaient que trop puissants. Sans rien changer à sa nature, les découvertes modernes n’auraient été entre ses mains que les engins d’une tyrannie plus effrénée. La presse lui eût permis de livrer, tous les jours, les intelligences aux mensonges et aux flatteries de quelques journalistes patentés; la vai>eur et l’électricité, d’atteindre, aux extrémités du monde, les suspects dénoncés à sa colère; les canons rayés, de poursuivre, au fond de la Germanie, les derniers restes de la vigueur et de l’indépendance humaines; le crédit, de pomper plus vite, jusqu’à la dernière obole, les épargnes cachées, et de manger par avance les moissons à venir. Rome eût été plus grande, le Colisée plus gigantesque, les bêtes féroces et les victimes plus nombreuses, les prétoriens plus avides, le luxe plus somptueux, la décadence et la ruine plus tôt consommées. Voilà pourtant le chefd’œuvre de la civilisation antique, l'apogée de la raison humaine, usant librement de ses forces et de tous les dons de la création; le règne du droit naturel , rejetant l’appui de toute religion révélée et de toute intervention divine.

En face d’une pareille puissance, que pouvaient les âmes généreuses? Elles avaient beau résister au torrent, ne pas courber la tête sous ce joug avilissant, et refuser d’adorer le maître aux pieds de qui la foule se ruait : quel arbitre invoquer, quel concert former contre cet absolutisme? Il se donna it lui-même pour

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