‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 43 sur 219 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES PERSéCDTIONS OU L’ÉGLISE MALGRÉ l’ÉTAT.

L’impuissance de la raison livrée à elle-même était bien établie. Cent générations avaient pris à tâche d’aggraver la faute originelle, et de pousser, jusqu’à leurs dernières limites, les conséquences de misère, d’inégalité et de servitude qu’elle devait entraîner. Ramener l’homme de si loin sans contraindre sa liberté, lui inspirer pour le bien un attrait capable de lui faire remonter une pente si rapide, c’était assurément une seconde création, plus merveilleuse que la première, et exigeant en quelque sorte les dernières ressources de la ^sagesse divine. Car cette œuvre demandait le concours de la volonté humaine, et il s’agissait de tirer le bien, non du néant, mais du mal, et du mal à son apogée.

En cette extrémité, que pouvaient les moyens matériels et les triomphes terrestres? La fondation d’un empire cent fois plus brillant, plus riche et plus fort que l’empire romain n’eût fait que captiver et que satisfaire momentanément les volontés perverties, trop disposées à chercher leur pâture en de pareilles jouissances. C’eût été encourager le mal au lieu de le guérir.

L’ÉGLISK MALGRÉ L’ÉTAT. «7

Les souffrances, suite nécessaire et remède naturel de l’erreur, avaient elles-mêmes perdu leur efficacité. Comment désarmer les hommes, alors qu’au lieu de les éclairer, le malheur ne faisait plus qu’irriter leur orgueil, et les précipitait plus aveuglément en de nouveaux excès et en de nouvelles calamités ? Comment désarmer la justice éternelle, dont le bras inexorable s’appesantissait de plus en plus sur l’humanité, alors que toute expiation avait perdu sa vertu secrète, puisée dans l’acceptation volontaire du châtiment mérité ?

La puissance et la justice de Dieu ne pouvant plus rien, c’était à la miséricorde de les devancer. Il fallait que, se chargeant d’une expiation surabondante, elle réunît, sur la tête et dans le cœur d’une victime parfaite, assez de douleurs pour apaiser la colère du Ciel et pour toucher les âmes les plus dures, assez de générosité pour rendre à la souffrance son prix et son efficacité, et pour la faire désormais accepter des hommes comme le seul sacrifice capable de les relever de leur abaissement.

Telle fut l’œuvre du Fils de Dieu, né dans une étable et mort sur une croix, alors que du Palatin Auguste ordonnait le recensement du monde, et qu’à Caprée Tibère jouissait de la toute-puissance et des honneurs divins. Condamnation vivante de tous les vices , Jésus-Christ les terrassa en s’offrant à leurs vengeances. Sur lui s’assouvirent les haines des grands et les colères de la populace, la jalousie des

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