CHAPITRE V
et des empereurs, cette soif de sang contre des gens qui ne venaient rien prendre ni rien renverser, et qui ne demandaient que la liberté d’être parfaits.
On se demande comment les chrétiens n’invoquèrent pas la liberté naturelle et imprescriptible, que possède, dit-on, chacun, d’adopter et de professer la religion de son choix. Quoi de plus simple que de réclamer leur droit de cité, à côté des mille cultes païens, qui vivaient paisibles sous la protection de l’empereur? Quoi de plus facile que de s’appuyer aussi sur ces principes de justice et de morale éternelles, qui faisaient le fond comqaun de toutes les religions et de toutes les philosophies, et que l’Évangile reconnaissait avec elles? N'était-ce pas le moyen sûr de désarmer et même de mettre de son côté les adorateurs des idoles et les interprètes du droit naturel, les prêtres et les magistrats? Conseil naïf qui peut séduire un penseur dans la rêveuse oisiveté de son cabinet , mais dont l’idée ne pouvait même pas venir à un chrétien des premiers siècles. Car c’eût été à la fois un appel sans écho à une juslice qui n’existait plus et une atteinte aux principes mêmes sur lesquels repose toute société.
Saint Paul, comme Pie IX, proclamait à la face des Romains les lois éternelles, gravées au cœur de tout homme venant en ce monde. Mais rien que les rappeler, c’était blesser au vif les prêtres indignes qui les avaient faussées, défigurées, changées en dogmes honteux et avilissants; les légistes, qui avaient bâti
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sur elles l’échafaudage du despotisme; la populace, qui avait soif du sang des gladiateurs; la tourbe des soldats, des fonctionnaires, des délateurs, qui exploitaient le peuple à la seule condition d’adorer César; enfin l’empereur en personne, à qui tout était permis, et par qui toutes les passions obtenaient leur satisfaction en se subordonnant aux siennes. Méconnu , foulé aux pieds, crucifié, le droit naturel n’existait plus que dans l’Église et par l’Église. C’est pourquoi elle était pour tous le remords vivant qu’il fallait étouffer, l’ennemi dangereux qu’il fallait exterminer.
Persécutée comme l’unique dépositaire de la justice et de la vérité naturelles, l’Église ne pouvait pas se dispenser un seul instant de les respecter. Si hostile que se montrât l’État, elle ne lui contesta jamais la liberté d’examiner sa doctrine, et de la proscrire, dans le cas où elle serait contraire à la morale publique, au bon ordre et à la sûreté de l’empire, C’est le droit et le devoir de toute âme de chercher la vérité et de s’assurer qu’elle l’a trouvée. A plus forte raison est-ce le droit et le devoir des hommes sur qui reposent les destinées d’une société. Jamais homme de bon sens , songeant , non pas à attaquer le gouvernement des choses humaines, mais à y mettre lui-même la main, ne le mettra en doute. Malgré nos révolutions, ce droit et ce devoir restent écrits dans toutes les législations.
. Les libéraux les plus avancés admettent que, pour avoir la faculté de s’établir, une religion nouvelle doit