TC
ne blesser ni la paix publique ni les bonnes mœurs. I.es, persécuteurs les plus fanatiques ont toujours mis cette raison de leur côté, et, quand ils ont proscrit une religion, c’est comme ennemie de l’ordre et de la morale de leur pays. Or, qui sera juge de l’ordre, de la morale, et des atteintes qui leur seront portées, sinon les magistrats interprètes et exécuteurs des lois, en d’autres termes, l’État en personne? L’État ne saurait donc donner la liberté illimitée des cultes, et il se réserve nécessairement le pouvoir de les apprécier.
11 y a là une vérité sur laquelle tout le monde est d’accord. Lt, en effet, bien que l’indifférence cherche à en faire un objet de pure fantaisie, une religion n’est pas, comme un système astronomique, une innocente et inoffensive théorie philosophique. Toute religion a sa morale identifiée avec des dogmes, qui en sont le principe et la substance, et un culte destiné à faire pénétrer cette morale dans la pratique de la vie. Ainsi, elle façonne peu à peu la famille, la propriété et jusqu’à l’État à l’image de sa morale, de son culte et de ses dogmes. Tandis que, par elle-même, la vérité est partout bienfaisante, chaque erreur flatte et assouvit une passion particulière. Tantôt c’est une doctrine nationale ou aristocratique, faisant les affaires d’un peuple ou d’une caste, et à laquelle les autres peuples, les autres castes ne sauraient ouvrir leurs portes. Tantôt c’est un enseignement corrupteur, flattant les convoitises, abaissant le niveau des mœurs, ouvrant la porte à cet esprits de lucre, de débauche et d’anarchie,
qui est la perte d’une société; et, alors, l’État ne saurait l’encourager ni le tolérer sans manquer au premier de ses devoirs. Voici, au contraire, une religion salutaire : elle relève les âmes, purifie et consolide la famille, encourage le travail et l’économie, augmente le patriotisme, le respect des lois et l’union de tous les citoyens entre eux. Nul ne peut lui contester le droit certain qu’elle possède à la liberté de son enseignement et à la protection de l’État.
C’est à ce litre que l’Église, seule vraie, seule bienfaisante et libératrice, réclamait la liberté. Aucun homme de bonne foi ne pouvait la lui refuser, et pourtant elle en était seule privée. Dans une société où tout s’en allait, et qui, en peu de temps, aurait englouti ce qui restait de citoyens, de soldats, de familles, de travail et de richesses, le christianisme venait, d’une façon inespérée, alimenter cette flamme prêle à s'éteindre. Réveillant le sentiment de toutes les vertus publiques et privées, il ranimait et prolongeait la vie sociale. Cependant, par un singulier phénomène, il était seul persécuté, seul traité en ennemi public, seul voué au mépris, à l’oppression et à l’extermination. De là cette lutte de trois siècles du plus grand des empires contre la doctrine catholique, lutte qui, loin de faciliter la publication de l’Évangile, accumula autour de lui les obstacles et les périls, et donna ainsi à ses conquêtes une solennité incomparable.
Pour se justifier, les persécuteurs étaient obligés