‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 47 sur 219 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de contester les vertus et les bienfaits du christianisme. Ils invoquaient déjà contre lui les mêmes prétextes* que de nos jours. A les entendre, les prophéties et les miracles n’étaient que des fictions poétiques. Jésus était un mythe ou un homme ordinaire. La foi * du Christ était en contradiction avec la raison, et nuisait à la perfection de l’homme. Enfin®, la doctrine de l’Église était opposée au bien et aux intérêts de la société humaine.

Ainsi, d’apès ces accusations perfides, aussi contraires à la vérité qu’à la morale, le christianisme n’avait pas droit à la liberté.

Par un étonnant stratagème de la Providence, qui fait servir à son but les desseins les plus pervers, les bourreaux des martyrs ont précisément démontré l’opposé de ce qu’ils avançaient, et l’ont établi par ces longs et irrécusables témoignages historiques, que Dieu a seul la patience d’attendre. Trois siècles de supplices ont mis hors de doute, d’un côté la réalité et la divinité de Jésus-Christ, attestées par le sang de plusieurs millions de victimes volontaires, de l’autre la sagesse et la sainteté de l'Église, prouvées par les vertus héroïques , par la sublime abnégation de ses enfants, et singulièrement rehaussées par les folies et par les crimes de ses ennemis.

Ce qui frappe, tout d’abord, dans la conquête des âmes et de l’empire romain par l’Évangile, c’est son

t. Prop. 7. — 2. Prop. 6. — 3. Prop. 40.

caractère surnaturel. Les séductions de la fortune et des honneurs, la crainte matérielle et la peur des supplices n’y eurent aucune part. Bien plus, c’était en foulant aux pieds les intérêts humains que les fidèles embrassaient et confessaient leur foi. Nul enthousiasme passager, nul entraînement révolutionnaire, et, môme, nul prestige humain du talent ou de l’éloquence. Jusqu’à Constantin, tout est grave, calme, modeste, dans l’héroïsme qui triomphe de tant d’obstacles accumulés. C’était donc un acte de pure et souveraine liberté, offrant aux siècles à venir la garantie d’une loyauté et d’une puissance de conviction sans limites.

En même temps, les chrétiens n’ont pas cessé d’être les sujets les plus utiles et les plus soumis de l’État qui les rejetait de son sein. Ils ne se contentaient pas de donner l’exemple de la vertu et du patriotisme. Mais, de leur part, pas une révolte. Pas un néophyte, parmi les centaines de prétendants qui se disputèrent l’empire. Pas un fils, pas une mère de martyr, parmi les milliers de poignards qui se levèrent contre les empereurs.

Cette longue et inaltérable patience peut paraître excessive. De nos jours surtout, on est prompt à faire appel aux remèdes violents , avide de progrès et de réformes instantanés. On croit à la perfection , et à la perfection réalisée par la force, sans s’apercevoir que c’est détruire et nier la liberté, que l’on alTirme et que l’on poursuit. Pourquoi donc, alors, le droit

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