‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 49 sur 219 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

droit que nul ne lui contestera, elle départit à chacun le gouvernement qu’il mérite , et elle fait naître , spontanément et naturellement, l’État de l’ensemble des forces matérielles, intellectuelles et morales de chaque nation. Que cette loi , qui domine toutes les autres, se nomme droit divin, force des choses, nécessité sociale, elle n’en existe pas moins partout. Elle constitue la justice relative, imparfaite parce que les hommes sont imparfaits, mais respectable parce qu’elle est la seule possible, et qu’elle forme le lien moral d’une nation. Obéir à cette loi, c’est reconnaître la vraie mesure de l’autorité et de la liberté; c’est leur ouvrir la seule voie du progrès possible.

Mais, nous dira-t-on, vous voulez donc rétablir le droit divin? Non, il ne s’agit nullement de le rétablir, puisqu’il existe , et qu’il ne dépend pas de nous de le supprimer. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de nous rendre compte de sa portée, et de voir comment nous parviendrons à le rendre moins rigoureux.

Le droit divin, qu’on pourrait nommer aussi bien un droit naturel, est le pouvoir de ceux qui ne relèvent que de Dieu. Or, telle est l’influence de la suprématie que les plus forts et les plus intelligents exercent au sein de toute société. Tant que leur autorité est en harmonie avec l’état de la conscience publique, que servirait d’aflirmer contre eux un droit théorique qui n’aurait pas de sanction? Et, quand on parviendrait à les renverser, ce qui n’est pas facile, qu’y gagnerait-on, sinon de les remplacer par leurs pareils, et

d’ajouter les maux des révolutions à ceux de la tyrannie?

Les Romains ne se faisaient pas faute de changer d’empereurs. Stériles bouleversements : car ces monstres étaient bien ceux que l’on méritait , et il n’y en avait pas de meilleurs à mettre à leur place. Que résultait-il de ces expériences d’une nation qui, comme le malade rebelle à la science, méconnaissait les conditions de sa vie dégénérée, sinon un état de guerre permanent entre le pouvoir, toujours inquiet de son lendemain, et les partis, guettant le moment de ravir sa succession? Heureuse la nation qui sait à temps sortir de ce cercle vicieux , et qui n’expie que par des souffrances momentanées son erreur et sa folie! Heureuse la nation assez sage pour ne pas glorifier les révolutions violentes, et pour ne pas ériger en bienfaiteurs de l’humanité ces ennemis de tout pouvoir qui en sont les fléaux, puisqu’ils atteignent à la fois l’autorité et la liberté dans leur racine!

A l’avénement du christianisme, cet esprit de violence et d’anarchie était tel, que, pour réveiller le respect de l’autorité et du droit d'autrui , il fallait, à l’exemple du Christ, abdiquer jusqu’à l’exercice de ses propres droits et aller aux dernières limites de l’abnégation. Toutefois ,' en s’oubliant lui-même, le chrétien se réservait une liberté qu’il défendait également jusqu’à la mort, celle de ne pas faire le mal et de ne jamais être complice de l’injustice d’autrui. Ce double héroïsme faisait à la tyrannie et à la servilité.

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