CHAPITRE I
l’Église libre dans l’État libre? Remèdes impuissants, palliatifs d’un jour, bons, tout au plus, à dissimuler la plaie qui nous minait, mais sans force contre l’invincible logique des événements.
En effet, que sont ces chimériques essais de conciliation? Un prétexte, à l’aide duquel les ennemis de l’Église poursuivent sa ruine. Avec un merveilleux accord, qui devrait suffire pour ouvrir les yeux à tous les gens de bonne foi, athées, panthéistes, rationalistes, indifférents, juifs, protestants, saint-simoniens, unissent leurs efforts pour entamer, ne fût-ce que sur ce seul point , la pierre angulaire du catholicisme. Ayant vainement essayé de l’aborder de front et de le renverser par la force, ils préfèrent aujourd’hui la ruse à la violence. Se donnant un air de sincérité et de générosité bien plus dangereux que la persécution ouverte , ils se contentent de demander la sécularisation de la société, la séparation de l’Église et de l’État. Us sont si certains, par là, d’atteindre leur but, que les plus impies se déclarent catholiques et prêts à fléchir le genou devant Jésus-Christ, pourvu que l’Église abdique en leur faveur la partie temporelle de sa .souveraineté.
Ce cercle d’ennemis souterrains s’est peu à peu resserré autour de Rome et du Saint-Siège. Le droit nouveau, qui se faisait si modéré chez nous, a jeté le masque et repris son vrai rôle en Italie. Matériellement le plus fort, il somme la Papauté de se mettre d’accord avec lui.
L’ENCYCUQliK ET LA CONVENTION. 15
Arrivée à ce moment décisif, la société moderne n’ose pas encore aller jusqu’au bout. Elle se sent mal à l’aise de protéger plus longtemps le Pape contre ce qu’elle croit être le progrès et la civilisation, et pourtant elle n’est pas bien sûre que l’unité piémontaise soit réellement ce progrès et cette civilisation. Hésitante et troublée , elle voudrait encore garder au Pape un lambeau de territoire; elle voudrait encore lui assurer une ombre de durée. Elle le prie, elle l’adjure : qu’il consente à faire la moindre concession, ne fût-ce que celle du silence. Quoi de plus facile que de se faire?
Et voilà qu’au risque d’irriter celte société qui le soutient et, d’un signe, peut l’écraser, le Pape, déchirant tous les voiles, lui déclare que c’est elle qui se trompe, elle qui est malade, elle qui est en péril. Plus d’équivoque.s, plus de contradictions, plus de temporisation. Le Pape veut que, dans leur intérêt, .ses protecteurs sachent bien ce qu’ils protègent à Rome. Pendant qu’ils ont encore droit à sa reconnaissance, il tient à s’acquitter en leur ouvrant, à eux-mêmes, les yeux sur l’abîme qui se creuse à leurs pieds. Laissant de côté les détails, le Pape dégage des pensées, des écrits, des actes de ce temps l’esprit d’erreur qui les a inspirés. Aux insinuations ou aux reproches de ses ennemis, aux conseils ou aux prières de ses amis , il répond en proclamant, clairement et solennellement , ce que la conscience catholique affirme pour le bonheur des hommes et des peuples, et il met la con-