‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 64 sur 219 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Après avoir vainement accusé l’Église de paralyser la vie de famille, l’esprit d’association et l’activité politique , dont elle est au contraire le réveil et l’épanouissement indéfini, on se retranche sur le terrain de la pensée et de la conscience, et l’on affirme, comme un fait incontesté, l’engourdissement des esprits liés par la Foi, l’asservissement de la science tenue en lisière par la théologie.

C’est toujours, sous une forme ou sous une autre, mettre en doute la vérité et la perfection du christianisme. Car l’erreur seule paralyse l’esprit; la vérité imparfaite limite seule son essor. Quant à la vérité pure et parfaite, elle lui permet de se développer au delà de toutes limites, et ne fait que le préserver des mensonges et des chimères, où son activité se consumerait sans fruit.

L’engourdis.sement et l’asservissement existaient avant l’Église, alors que tout pouvoir, spirituel et temporel , appartenait à César. César était juge des questions de théologie, de philosophie, d’art ou de

poésie; tout culte devait adorer sa puissance, toute littérature flatter ses convoitises, toute science servir de rouage perfectionné à ses volontés. C’était la conséquence nécessaire de ce rationalisme effréné qui, en ôtant à l’intelligence tout point d’appui divin, l’avait affaiblie et mise sous le joug des passions. Devenue un instrument aux mains des ambitieux, elle avait été successivement proscrite comme un danger social, puis immolée à la force matérielle érigée en droit.

Les esprits ne pouvaient échapper à l’étreinte de ce de.spotisme mérité qu’à condition de ne plus menacer ni l’ordre politique, ni l’ordre social, ni l’ordre moral, c’est-à-dire à condition d'être dans la vérité. Pour être sûrs de rester dans la vérité, il leur fallait, au-dessus d’eux, la surveillance et le contrôle d’une autorité spirituelle infaillible, qui fût à la fois leur propre garantie et la garantie de la société, et qui, ainsi, les empêchât de retomber sous la surveillance et sous le contrôle du pouvoir temporel. Voilà précisément ce que l’Église venait réaliser pour l’affranchissement de la conscience et de la raison. Bien loin d’empêcher le libre progrès de la science, les décrets du Saint-Siège, des congrégations romaines et des conciles, n’étaient là que comme les remparts qui la préservaient de la tyrannie de l’autorité civile.

A l’abri de cette protection se constituèrent, dans toute l’Europe, ces fameuses universités du moyen âge, se jugeant et s’administrant elles-mêmes, discn-

Page 1