‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 69 sur 219 · H8 CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

H8 CHAPITRE IX

chrétien, du père et du citoyen, accepter les mêmes avanies pour son Dieu et son pays, pour la foi de ses enfants, la liberté populaire et le patrimoine des pauvres. En défendant , au besoin l’épée à la main , l’édifice laborieusement construit par ses pères, sa gloire n’est pas moins pure que celle des martyrs qui en ont jeté les premières assises.

Aussi une autorité supérieure était-elle nécessaire, non afin d’exciter, mais afin de calmer et de modérer les colères populaires. Elle n’avait pas à armer, mais, au contraire, à retenir le bras séculier, toujours si prompt à frapper. Telle fut l’action de l’Église, se réservant à elle seule le droit de juger les crimes contre la Foi, et résistant énergiquement toutes les fois que les pouvoirs civils s’arrogeaient le droit de devancer ses arrêts. Le Saint-Siège blâma les massacres des juifs, et leur offrit toujours à Rome un asile inviolable. 11 protesta contre le supplice des Templiers, plus tard contre les dragonnades. Et, quant à cette fameuse inquisition espagnole, dont il prit souvent sur lui de tempérer les décisions, elle-même, on n’en peut douter, fut une digue au débordement des cruautés, chez un peuple irrité par des siècles de combats, et prêt, sur un soupçon, à exterminer les traîtres.

La répression religieuse a toujours existé, et elle existera toujours, aussi bien que la répression politique et sociale. Elle est indispensable pour maintenir la paix, l’ordre et les mœurs. Toute la question est

de savoir si c’est le pouvoir civil ou le pouvoir spirituel, qui sera le juge en dernier ressort de son emploi. Entre les mains de l’État, elle devient dure, inique, arbitraire comme ceux qui l’exercent. Les hommes les meilleurs y apportent encore l’esprit de violence et de domination dont leur nature est empreinte. Dieu seul, par son Égli.se, peut les adoucir, les modérer, leur communiquer quelque chose de sa patience et de .sa miséricorde infinie.

Contre des ennemis qui ne reculaient devant aucun moyen pour la détruire, l’Eglise n’a réclamé l’usage de la force qu’à la dernière extrémité et avec une répugnance sincère. Quels qu’aient pu être les excès de ses enfants, excès inévitables dans les luttes humaines, il est hors de doute que les catholiques ont toujours surpassé leurs adversaires en générosité, en modération, en longanimité. De son côté, le Saint-Siège n’a pas cessé de blâmer et de contenir les écarts de leur zèle. Le sang que l’Église a ainsi empêché de verser au moyen âge, non-seulement en prévenant, par l’union des coeurs, les guerres publiques et privées, mais encore en atténuant le châtiment des rebelles et des apostats, est sans proportion avec celui qu’elle a dû laLsser couler, comme sanction suprême de ses lois. Entre ses mains et sous son contrôle, la force morale était arrivée à son plus haut degré de puissance; la force matérielle, la contrainte, les peines corporelles, qui révoltent notre nature, étaient déplus en plus réduites. Il n’y avait plus qu’à marcher dans cette

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