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Cependant l’organisation la plus parfaite n’aurait pas suffi à ce miracle permanent de réforme et d’incorruptibilité. 11 en est de l’assaut livré aux passions comme des exploits d’une vaillante armée. Sur le champ de bataille, la masse des soldats a besoin, pour s’ébranler, de l’impulsion des plus braves; ceuxci ne font, à leur tour, que s’élancer sur la trace de chefs valeureux, courant à une mort presque certaine. De même les vertus chrétiennes les plus ordinaires se soutiennent grâce à l’élan plus vif des prêtres et des religieux, qui, de leur côté, se retrempent .sans cesse au contact de l’héroïsme surnaturel des saints.
Nous touchons ici au point, en quelque sorte, le plus divin de l’œuvre catholique, à la clef de voûte de l’édifice, au chef-d’œuvre de la liberté humaine, se donnant tout entière au service de la vérité, à la seule force offensive qui pui.sse étendre le domaine du bien. Quiconque ignore l’action des saints, et prétend expliquer le règne de la Foi par je ne sais quelles combinaisons d’intérêts humains, ne comprend rien à la vie intime de l’Église. Dans la grande bataille qu’elle livre au mal , les moyens matériels sont tout à fait secondaires et purement défensifs. Car ce qu’elle veut, c’est la conquête des âmes; et celui qui a tenté de gagner une âme à la vérité , sait que toutes les forces, toutes les richesses de la terre seraient impuissantes à la contraindre.
Laissons un illustre converti du iv® siècle nous raconter, en détail, cette conquête réservée à Dieu et à
ses saints. Depuis lors, le cœur de l’homme n’a pas . changé, et les choses se passent toujours de la même manière. Dans sa jeunesse, Augustin était venu puiser au séjour de Rome les ressources et les raflinements de la science antique. Puis il fut envoyé comme professeur d’éloquence à Milan. De là le rapprochement d’Ambroise et d’Augustin, l’un déjà transformé par la grâce et au service de Dieu, l’autre encore voué aux travaux, aux illusions, aux vaines jouissances du monde. Depuis longtemps le jeune Africain était entré en relations avec l’éloquent évêque. Mais il ne le connaissait et ne l’admirait que comme grand prédicateur. 11 était l’auditeur assidu et passionné de ses sermons. Néanmoins son cœur n’était pas changé, et, lorsque, pénétrant dans la demeure épiscopale, il rencontrait le saint au lieu de l’orateur, lorsqu’il trouvait Ambroise plongé dans la prière ou dans la méditation, il reculait de stupeur, comme un homme qui n’a jamais franchi le seuil du sanctuaire, où l’àme s’entretient seule à seul avec Dieu.
Ce n’étaient pourtant pas les lumières de l’esprit qui manquaient à Augustin, et, s’il suffisait de l’intelligence pour donner et pour recevoir la Foi, jamais deux âmes n’avaient été mieux faites pour se comprendre. Quelle était donc la barrière qui continuait à les séparer? Que fallait-il pour la rompre? Augustin va nous le dire lui-même.
« Un jour, un officier du palais vint nous voir, .Alype et moi, et ouvrit par hasard saint Paul, qui