‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 76 sur 219 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

commencer, de meure la main sur le Pape. En confisquant à leur profit ce pouvoir suprême, les princes se flattaient de s’affranchir de l’aiitorilé religieuse, et de la conserver au-dessous d’eux pour maintenir les peuples dans l’obéissance. Ils deviendraient ainsi tout-puissants, et nul ne donnerait plus le signal des protestations ni des résistances légitimes, quand ils dépouilleraient leurs vassaux, ou que, sans les consulter, ils accableraient leurs sujets d’impôts.

Les plus grands potentats de l’Occident, les empereurs d’Allemagne tentèrent, les premiers, l’entreprise. Lorsque leur devancier, Chaiiemagiie, avait rendu au Saint-Siège ses possessions, et qu’en échange le pape Léon 111, le sacrant empereur, l’avait désigné au monde chrétien comme le souverain par excellence, il y avait eu là, entre le fait et le droit, entre la force matérielle et la force morale, une union intime et féconde, d’où elles étaient sorties toutes deux plus puissantes et plus libres. La force matérielle s’était mise au service de la force morale, et, en constituant aux Papes un domaine temporel, elle avait pour longtemps garanti leur pleine indépendance. De son côté, la force morale avait communiqué à la force matérielle ce qu’elle possédait de grandeur et de majesté. Elle avait assuré pour des siècles aux princes chrétiens, fidèles à leurs engagements, l’amour et le respect de leurs peuples.

Par ce pacte solennel et librement consenti, les empereurs tenaient la consécration de leur autorité

d’un faible pontife, qui restait à leur merci, et que, d’un instant à l’autre, ils pouvaient écraser. La donation de Charlemagne ne subsistait ainsi que grâce à leur consentement, toujours révocable. Matériellement, les conciles et les conclaves avaient besoin de leur assentiment pour se réunir, les évêques et les abbés pour exercer publiquement leur ministère.

De là, pour le pouvoir civil, libre d’entraver l’action du clergé, la tentation naturelle d’envahir peu à peu le domaine spirituel, en faisant accepter à l’Église la servitude qu’on lui imposait, en échange des libertés qu’on lui laissait. Ces restrictions à l’indépendance des consciences s’insinuèrent partout sous prétexte d’indépendance nationale. Les peuples ne virent pas qu’on diminuait d’autant la seule garantie de leur vraie liberté. De son côté, dans son empressement à s’affranchir de tout contrôle religieux, l’État semblait oublier qu’il minait, par là même, la base morale de sa propre souveraineté. Après avoir obtenu, pour la désignation des évêques, des abbés et des Papes, toutes les concessions de fait compatibles avec le principe même de l’autorité spirituelle, les empereurs prétendirent ériger ouvertement le fait en droit \ et disposer à leur gré des sièges épiscopaux, des bénéfices ecclésiastiques et enfin de la tiare. A la première résistance, ils se ruèrent sur l’Italie. Mais leurs armées et leurs intrigues vinrent se briser

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