CHAPITRE X
Pape, les hommages des rois et des princes, l’obéissance des cités, des villes et des châteaux avec tous leurs revenus. Le Suprême Pontife doit prétendre seulement à la gloire de pardonner, vaquer à la lecture et à l’oraison, prêcher, rendre au nom de l’Église des jugements équitables, rappeler à la paix et à la concorde tous les princes catholiques. 11 doit conserver ses ressources ordinaires sans en avoir les charges, et se débarrasser de ses occupations terrestres pour éviter toute occasion de guerre et d’homicide. Quel est l’homme qui puisse et qui ose se donner pour capable de maintenir l’un et l’autre glaive dans de si vastes États ? »
Cette hypocrisie eut un plein succès. La France a eu, en Philippe le Bel, son Frédéric II, son Victor- Emmanuel triomphant, faisant mourir le Pape de douleur, et le remplaçant par une créature ‘ enfermée dans Avignon. Pour avoir combattu et asservi le Saint-Siège, ce despote, le plus affreux qui ait déshonoré les siècles chrétiens, a trouvé indulgence et tendresse auprès de tous les ennemis de l’Église, et il reçoit encore, aujourd’hui, un brevet de libéralisme pour les actes d’absolutisme religieux qui en ont bientôt fait le pire des tyrans. Avec les libertés de l’Église, celles des grands vassaux et des communes, et jusqu’aux dernières notions d’honnêteté disparurent sous la main du roi faux monnaycur, bourreau
l. Prop. 3.^.
des templiers et exterminateur de la bourgeoisie flamande.
Cependant la puissance du Saint-Siège, que les rois de France avaient espéré confisquer à leur profit, ne vivait qu’en vertu de son indépendance. Elle s’évanouit entre leurs mains, et ne cessa de baisser tant que dura la captivité des Papes à Avignon. A leur départ, la France, pour se venger, se lança ouvertement ' dans le schisme, et se fit des papes à elle. Mais, loin de conquérir ainsi l’empire du monde, elle vit successivement l’Allemagne et l’Italie lui échapper, sa race royale s’éteindre dans l’irnbécilité, et les Anglais mettre deux fois sa vie nationale en péril.
Sainte Catherine de Sienne avait délivré la Papauté ; Jeanne d’Arc sauva la France. Toutefois, le mal était trop profond pour se guérir en un jour, et, en France, les tendances schismatiques avaient jeté leurs racines pour des siècles. Habitués à se passer du Pape et à tenir leurs mitres ou leurs bénéfices du roi, évêques et docteurs s’étaient fait sur l’autorité spirituelle une théorie dangereuse, au moyen de laquelle ils espéraient dominer le Saint-Siège , ou du moins rester indépendants de lui. Cette théorie portait en germe toutes les révolutions futures.
A les entendre, le Pape et l’Église pouvaient, ce qui ne s’était jamais vu, être en désaccord sur les questions de doctrine. En ce cas, le plus sûr était de