‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 88 sur 219 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

présence de ces farouches novateurs , qui , sous prétexte de ramener l’Église à sa pureté primitive, massacraient les prêtres et les religieux, pillaient les églises, jetaient les reliques aux vents, exterminaient les populations catholiques et exerçaient la plus impudente tyrannie, on ose s’étonner que les catholiques se soient défendus, qu’ils n’aient pas de suite donné droit de cité aux propagateurs du bouleversement universel, qu’ils aient repoussé. la force par la force, et que, dans l’ardeur de la lutte, il y ail eu des excès et de tristes représailles!

L’inertie et l’indifférence des catholiques seraient beaucoup plus inexplicables. Sans doute, en ce monde, il n’y a point de guerre sans malheurs à sa suite. Pourtant, rien n’est plus grand ni plus sacré que la guerre faite pour sauver à la fois la religion, la patrie et la liberté de ses pères. Violents par nature plus qu’aucun autre peuple, les Espagnols l’ont été parfois jusqu’à la férocité, et il y a eu de leur part de lamentables e,\cès; mais ils étaient aux prises avec la race la plus perfide et la plus hypocrite, l’Arabe assisté du Juif et bapli.sé pour mieux trahir. Si cruels qu’ils aient été, les Espagnols valaient encore mieux que leurs ennemis.

En France, la bourgeoisie et le peuple, profondément catholiques, étaient, à la fois, attaqués par les huguenots et trahis par ce gouvernement qui , avec une astuce italienne, jouait à la bascule, favorisait les rebelles, les lai.ssait se fortifier, et, tout en les ca-

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ressant, préparait contre eux l’horrible guet-apens de la Saint-Barthélemy. Certes on ne saurait trop flétrir les infâmes machinations de Catherine de Médicis. Mais faut-il en rendre responsables ceux qui ne demandaient qu’à défendre au grand jour, les armes à la main, la foi, l’unité et les véritables intérêts de la France? Quelle que soit à son égard l’injustice préméditée de nos historiens, la Ligue en est-elle moins une des pages les plus glorieuses de notre vie nationale? Et les torts qu’on peut lui reprocher, sont-ils comparables au sanguinaire apostolat de Calvin , d’Élisabeth et de Gustave-Adolphe, dont elle a sauvé notre patrie?

En résumé, pendant la guerre, les catholiques ont été beaucoup plus modérés et plus généreux que leurs adversaires. La paix faite, ils se sont montrés plus justes et plus tolérants, et, s’il y eut encore contre les protestants des rigueurs excessives, telles que les dragonnades, elles venaient précisément , comme la Saint-Barthélemy, de ce pouvoir absolu établi sur les ruines de la- monarchie chrétienne , continuant aux dépens du Saint-Siège ses envahissements traditionnels, ne voyant dans la Foi qu’un instrument politique, affaiblissant systématiquement l’autorité de l’Église, et préparant ainsi les esprits à la rejeter tout entière.

Qu'on n’établisse donc nulle solidarité entre la doctrine catholique et l’absolutisme qui ne cessa de la miner, entre le droit public chrétien et la politique

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de Charles-Quiiit ou de Catherine de Médicis, entre l’inquisition romaine, sentinelle vigilante de la Foi, et l’inquisition espagnole, instrument, à certains jours, des passions politiques ou nationales.

Loin de reprocher à l’Église les abus qu’elle n’a pu empêcher, abus, du reste, beaucoup moindres que du côté de la réforme, il faut se rendre compte de ce que serait devenue, sans elle, la race latine, l’Italie amollie et dégénérée, l’Espagne orgueilleuse et sanguinaire, la France voluptueuse et sceptique. Il faut savoir être justes pour ceux de nos pères qui ont eu à combattre, après les tendances autocratiques inaugurées par Philippe le Bel, les menées non moins perfides de la féodalité protestante.

Comme toujours , ce triomphe n’était que le signal d’une nouvelle lutte. Chose remarquable, pendant que les pays du Nord demeuraient comme immobilisés par le schisme et par le protestantisme , dans les pays catholiques, l’esprit humain continuait l’évolution logique de ses révoltes contre la vérité. Tandis que, stationnaire dans son triomphe, l’erreur se livrait à de paisibles expériences à la tête de la race slave et de la race anglo-saxonne, au sein de la race latine, le mal allait grandir et porter ses fruits. C’était là que, remaniées et perfectionnées par la Révolution, l’autocratie et la féodalité devaient arriver à leurs conséquences logiques, démontrer leur impuissance finale , et ramener les esprits à la vérité après leur avoir fait épuiser toute la .série des erreurs possibles.

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Au lendemain de la réforme, les princes catholiques, aveugles héritiers du passé, au lieu de s’unir autour des Papes pour guérir le mal dans sa racine, avaient persisté à reprendre, chacun sur le terrain qui lui restait, leur vieux système de domination universelle et d’asservissement de l’Église. Pour eux, l’anarchie religieuse avait été une merveilleuse occasion de concentrer leur pouvoir, et de faire payer plus cher au clergé la protection qu’ils daignaient lui conserver. Au lieu de triompher comme en Angleterre, la noblesse disparut sous la main de Richelieu et de Louis XIV, et se réduisit bientôt à un essaim de courtisans, vivant de faveurs et de pensions, spéculant avec Law, riant de tout avec Voltaire. La bourgeoisie des villes perdit ses franchises municipales. Les évêques, Bossuet à leur tête, méritèrent les éloges sanglants de nos impies, en proclamant le pouvoir royal indépendant du Saint-Siège et juge en dernier ressort des décisions doctrinales de l’Église. Les vieilles abbayes furent livrées aux gens de cour, les Jésuites sacrifiés comme des ennemis dangereux. Plus d’indépendance spirituelle, plus de principe électif, plus même de principe héréditaire, sinon dans un seul homme, qui niait tout principe en disant ; L’État, c’est moi.

Toutefois, pendant que, sous le nom de joséphisme ou de gallicanisme, le pouvoir autocratique réduisait systématiquement le catholicisme à une ombre de liberté et d’inlluence, et croyait en avoir gardé as.sez

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