CHAPITRE XI
pour contenir les masses, assez peu pour être débarrassé lui-même de toute entrave , une réaction plus terrible et plus radicale que le protestantisme se préparait dans les esprits. La religion, que l’État tenait en si étroite captivité, et qu’il forçait d’être si docile à ses volontés, était-elle autre chose qu’un instrument politique, qu’une organisation humaine, inventée pour amuser et pour exploiter les peuples? Proclamer le roi supérieur au Pape, n’était-ce pas constater que l’autorité des successeurs de saint Pierre, l’infaillibilité de l’Église et la divinité même de Jésus- Christ étaient choses fort douteuses? Si Dieu était venu sur la terre, était-ce pour y faire ainsi une œuvre incomplète, pour y laisser une doctrine mal définie à la merci des pouvoirs humains, et pour courber la tête des petits sous la main des potentats, sans faire sentir à ces derniers le poids de sa justice et de son autorité? Au lieu d’asservir la Foi comme Philippe le Bel, ou de la modifier comme Luther, pourquoi ne pas l’examiner d’un œil plus hardi, et la supprimer si elle était fausse, ou sinon lui rendre sa véritable place en ce monde?
Un philosophe, populaire chez nos ennemis au même titre que Bossuet, Descartes, érigea en méthode ce doute systématique. La raison se déclara , comme l’État, égale et supérieure à la Foi, et traduisit à son tribunal la révélation tout entière. Par un enchaînement d’erreurs étroitement liées entre elles, on passa successivement de la soumission catholique
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L’ÉGLISK SELON L’ÉTAT.
au rationalisme complet. La philosophie , prétenditon, doit agir ‘ sans tenir aucun compte de la révélation surnaturelle. L’Église doit tolérer* les erreurs de la philosophie et la laisser se corriger toute seule. La philosophie ne peut ni ne doit * se soumettre à aucune autorité. D’après ses principes et par ses forces naturelles, la raison peut et doit * parvenir à la connaissance de tous les dogmes, même les plus cachés, et elle en est, elle-même, le juge souverain, f^nfin, il est libre à chacun * d’embrasser et de professer la doctrine dont sa seule raison aura établi la vérité.
De cette superbe indépendance de la raison à l’incrédulité complète, il n’y avait qu’un pas. C’était le libre examen appliqué, non plus seulement à l'interprétation de la Bible, mais à l’existence du christianisme et au monde moral dans son ensemble. L'expérience de la réforme montrait d’avance où l’on allait aboutir.
Du moment que, par un premier acte de sincérité, la raison ne reconnaît pas qu’elle a besoin du secours d’en haut pour atteindre les vérités surnaturelles, elle est condamnée à se diviser en mille sectes, en mille opinions diverses. Justement châtiée de son orgueil, elle arrivera, par le chaos de ses contradictions, à la certitude de ne plus po.sséder la vérité entière, et, par l’anarchie des esprits, à la nécessité de subir le
1. Prop. 14. — 2. Prop. 11. — .1. Prop. 10. — 4. Prop. 4 et 9. — 5. Prop. 15 et 16,