CHAPITRE XIII
La Révolution venait de proclamer solennellement la liberté de conscience, c’est-à-dire la faculté pour tout citoyen d’embrasser et de professer sans entraves la religion de son choix, pourvu que cette religion ne blessât pas l’ordre établi par la loi. La raison étant assez sûre de ses forces pour atteindre la vérité , de quel droit l’État se serait-il encore occupé de la désigner ou de l’imposer à personne ?
En apparence, rien de plus simple et de plus juste; au fond, rien de plus perfide et de plus tyrannique, que ce prétendu affranchissement des consciences. En effet, en se réservant le droit modeste et inaperçu de réprimer toute manifestation religieuse contraire à l’ordre établi par la loi, l’État conservait une arme qu’il pouvait manier à son gré, dont il n’avait à répondre à personne, et bien moins destinée à combattre les sectes immorales ou anarchiques qu’à mettre hors la loi et hors la liberté la grande majorité de catholiques qui composait la nation. En accordant droit de
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cité à une petite minorité de juifs et de protestants, dont on déclarait le culte inoffensif, sans le dire et sans en avoir l’air, on ouvrait la porte à la plus absolue et à la plus intolérante des religions , celle qui consiste à n’en avoir aucune, et c'était elle, en réalité, qu’on allait installer comme religion d’ttat à la place du catholicisme. Voilà le véritable système qu’aspirait à fonder la philosophie du xviii'’ siècle. Voilà la pensée intime de ceux qui ont préparé et effectué la Révolution, de Voltaire, de Rousseau et de leurs exécuteurs testamentaires, Marat, Danton et Robespierre.
Et, de fait, comme l’avouent tous les révolutionnaires intelligents et de bonne foi, entre les deux doctrines, le catholicisme et le rationalisme, il y avait incompatibilité radicale. La raison émancipée pouvait tout permettre, excepté d’être catholique, c’est-à-dire de soumettre la raison à la foi. Le catholicisme pouvait tolérer à côté de lui toutes les erreurs, plutôt que celle qui nie la déchéance, la rédemption , l’ordre surnaturel entier, et qui se passe de toute religion positive.
Car, si la raison était réellement capable d’atteindre la vérité sans le secours d’aucune révélation divine, rien ne l’empêchait d’admettre , comme les premiers échelons de son affranchis.sement, les cultes d’origine terrestre, où l’homme avait déjà laissé l’empreinte de sa souveraineté. .Mais elle devait forcément proscrire, comme une abdication, comme une négation de ses