‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 95 sur 219 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

droits imprescriptibles, l’acte fondamental de la raison catholique, qui s’avoue et se déclare impuissante à découvrir pleinement par elle-même les vérités surnaturelles, et qui se borne à accepter et à confirmer, par ses propres lumières, celles que Dieu lui révèle.

Au contraire, si l’Église est dans le vrai, et si 1a raison a besoin du secours et de la parole de Dieu, si la reconnaissance de cette vérité primordiale est le seul chemin ouvert de l’homme à Dieu, alors c’est le catholicisme seul qui peut donner à la conscience sa liberté, c’est-à-dire un libre accès auprès de Dieu et de libres rapports avec Dieu. En ce cas, la prétendue souveraineté de la raison est le moyen infaillible de tomber dans l’erreur, de devenir la proie des novateurs les plus audacieux et les plus violents, enfin de livrer la .société, le pouvoir et la raison elle-même à la domination et au bon plaisir des plus forts. Car, du moment qu’il n’y aura plus de religion positive, et que toute question de jus'tice et de vérité sera librement tranchée par les délégués de la raison nationale, ces délégués vrais ou supposés disposeront à la fois de la force matérielle et de la force morale; ils seront, en même temps, princes absolus et souverains pontifes; ils seront maîtres de façonner la société au gré de leurs fantaisies et de leurs passions, et il ne restera plus aucun recours contre les jugements sans appel de ces nouveaux despotes.

Singulièrement irrités contre une religion qui niait ainsi leur principe, et qui dévoilait leurs intentions

cachées, les révolutionnaires résolurent d’en finir à tout prix avec elle. Loin de lui appliquer leurs idées de tolérance et de liberté universelle, ils y cherchèrent uniquement une arme pour ses adversaires. Tandis que, d’une main, au nom de l’ordre établi par la loi , ils resserraient les chaînes que l’ancienne monarchie lui avait données, de l’autre ils la livraient, captive et désarmée, à la tourbe de ses ennemis les moins scrupuleux ; ils donnaient pleine carrière pour la calomnier, l’outrager et la couvrir de ridicule.

Chacun sait avec quelle rapidité et quelle audace on porta la main sur les biens du clergé, la circonscription des diocèses, la liberté et l’existence même des ordres religieux, enfin sur toutes les immunités ’ ecclésiastiques, et comment on en vint à instituer, au nom de la souveraineté nationale , une Église nationale *, complètement séparée du Pape et .soustraite à son autorité.

Toutefois, par ce double procédé d’oppression pour la défense et de liberté pour l’attaque, les choses n’allaient pas encore assez vite. Quand on vit que, ni par violence, ni par ruse, on n’amènerait l’Église à n’être plus qu’une religion comme les autres, sans indépendance, sans force d’expansion, se contentant de consoler les malades et d’enterrer les morts sous la protection de l’État, on résolut de l’exterminer. Ses temples furent fermés , ses prêtres proscrits, le Pape

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