‹ L'Encyclique: Les Principes de 1789Chapitre 15 sur 51 · Prop · texte numérisé non relu

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LIBERTÉ POLITIQUE DANS L'ÉGLISE, 143 ils n’ont jamais songé à étendre leur propre territoire ; ils ont disposé eux-mêmes, en faveur de nouvelles dynasties, des couronnes mises à leurs pieds par les guerriers chrétiens, et ils n’ont gardé comme leur domaine que ce qui était indispensable à leur indépendance et à leurs libres communications avec le monde catholique.

Le Saint-Siége n'évitait pas seulement les conflits entre les princes et les peuples, il était le tribunal où se jugeaient souvent les querelles des nations entre elles. Tandis. que les religions diverses les séparent d'ordinaire par d’infranchissables barrières, la foi catholique en faisait des nations sœurs, grandissant côte à côte, puisant leurs forces aux sources de la même civilisation, et destinées, au lieu de s’entre-déchirer, à verser d'un commun accord leur trop-plein sur les vastes contrées encore vouées à la solitude ou à la barbarie. De là un droit des gens nouveau, dont l'antiquité n’avait pas même eu la notion, qui rendait les guerres entre les peuples chrétiens aussi rares et aussi peu cruelles que possible, et qui leur.permettait de s'unir autour d’un drapeau commun pour la défense de la civilisation et pour la conquête du reste du monde.

Ainsi, en ne gardant qu'un minimum de force matérielle et en exerçant partout l’ascendant de la force morale, c’est-à-dire la puissance du droit par excellence, l'Église avait amené les pouvoirs de fait à ètre eux-mêmes des pouvoirs de droit, façonnés à son

image, recevant l’autorité d’en haut et l’exerçant pour la défense de la justice. En même temps, elle avait fondé la liberté pour tous sur le dévouement à la chose publique et sur le respect de la justice. De l'autorité elle avait fait une institution destinée au bien général, intéressée à consulter tous les intérêts et toutes les classes, les conciliant entre elles, et n’usant que contre des attentats manifestes des peines corporelles et des répressions sanglantes. De la liberté elle avait fait une puissance, s’exerçant surtout par la persuasion et par l'exemple, et n’ayant recours qu'à la dernière extrémité et pour le cas de légitime défense, à l'emploi de la révolte à main armée.

Loin de s’agrandir aux dépens des nations, l'Église se dépouillait plutôt pour elles. Au lieu de comprimer et d’étouffer leur activité, elle ne leur interdisait que la violence, l'injustice, l’égoïsme brutal, qui ne laissent après eux que des ruines stériles, et leur ouvrait la carrière où toutes les forces humaines peuvent se développer en une féconde harmonie.

Certes, ce n'était pas là l'idéal de Ja liberté, idéal dont les hommes et les peuples pourront indéfiniment se rapprocher, sans l’atteindre jamais. Mais c'était la carrière ouverte pour y parvenir. Ghacun voyait clairement devant lui ce but lointain, ce plan complet; il pouvait consacrer sa vie et ses forces à le développer ou à le défendre, et il avait la satisfaction de constater que

LIBERTÉ POLITIQUE DANS L'ÉGLISE. 145 chacun de ses efforts et de ses sacrifices avait contribué à sa réalisation. Si ce n'était pas l’âge d’or, à jamais banni de la terre, c'était du moins celui des grandes luttes, des généreux combats et des puissantes convictions, véritable âge d’or de l’homme de cœur. Les petitescités italiennes tenaient tête aux indignes successeurs de Charlemagne, les croisés aux hordes musulmanes; le chevalier bardé de fer était aux genoux de la femme, le riche au chevet du pauvre ; les ouvriers associés traitaient d'égal à égal avec les rois et avec les plus grands seigneurs,-et, si parfois le droit était matériellement vaincu, écrasé, étouffé, dans sa défaite même il triomphait, et, à l'exemple du roi d'Angleterre, agenouillé au tombeau de saint Thomas de Cantorbéry, le vainqueur était bientôt contraint de s’humilier et d’implorer le pardon de sa victime.

La Foi était reine; mais la justice et la vérité régnaient par elle et avec elle, et le peuple, pour qui la justice, la vérité et la Foi sont faites, et qui partage fatalement leur destinée, était roi par l'Église et avec l'Église. Ceux que les anciens regardaient comme un vil bétail, et dont l'émancipation constitue la seule liberté digne de ce nom, étaient devenus les plus forts en ce ‘monde, et ce n’était plus qu'en les aveuglant, en les ameutant contre la protectrice de leurs intérêts et de leurs droits, que la force brutale pouvait encore les as-

servir etrecouvrer sur eux son empire.

Après avoir vainement accusé l'Église de paralyser la vie de famille, l'esprit d'association et l'activité politique, dont elle est au contraire le réveil et l'épanouissement indéfini, on se retranche sur le terrain de la pensée et de la conscience, et l’on affirme, comme un fait incontesté, l’engourdissement des esprits liés par la Foi, l’asservissement de la science tenue en lisière par la théologie.

C'est toujours, sous une forme ou sous une autre, mettre en doute la vérité et la perfection du christianisme. Car il est évident que l'erreur seule paralyse l'esprit, et que la vérité imparfaite limite seule son essor, tandis que la vérité pure et parfaite lui permettra de se développer au delà de toutes limites, et ne fera que le préserver des mensonges et des chimères où son activité se consumerait sans fruit.

LIBERTÉ RELIGIEUSE DANS L'ÉGLISE. 147 L’engourdissement et l’asservissement existaient avant l’Église, alors que tout pouvoir, spirituel et temporel, appartenait à César, alors que César était juge des questions de théologie, de philosophie, d’art ou de poésie, que tout culte devait adorer sa puissance, toute littérature flatter ses convoitises, toute science servir de rouage perfectionné à ses volontés. C'était la conséquence nécessaire de ce rationalisme effréné qui, en Ôtant à l'intelligence tout point d'appui divin, nonseulement l’affaiblissait elle-même, et la mettait sous le joug des passions, mais en faisait un instrument aux mains des ambitieux, puis la proscrivait comme un danger social, et finalement l’immolait à la force matérielle érigée en droit.

Les esprits ne pouvaient échapper à l’étreinte de ce despotisme mérité qu’à condition de ne plus menacer ni l’ordre politique, ni l’ordre social, ni l'ordre moral, c'est-à-dire à condition d’être dans la vérité. Pour être sûrs de rester dans la vérité, il fallait au-dessus d'eux la surveillance et le contrôle d'une autorité spirituelle infaillible, qui fût à la fois leur propre garantie et la garantie de la société, et qui ainsi les empêchât de retomber sous la surveillance et sous le contrôle du pouvoir temporel. Voilà précisément ce que l'Église venait réaliser pour l’affranchissement de la conscience

et de la raison. Bien loin d'empêcher le libre progrès de la sciènce, les décrets du Saint-Siége, des congréga-

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tions romaines et des conciles, n’étaient là que comme les remparts qui la préservaient de la tyrannie de l’autorité civile.

Ce fut à l'abri de cette protection que se constituèrent, dans toute l’Europe, ces fameuses universités du moyen âge, se jugeant et s’administrant elles-mêmes, discutant à la face des gouvernements toutes les questions philosophiques, politiques et sociales. Pour les fonder et pour les rendre accessibles aux pauvres comme aux riches, l’Église prodiguait ses trésors et ses dévouements. À côté de ces universités, merveilles de liberté et d'indépendance intellectuelles, s’élevaient les cathédrales, se surpassant les unes les autres, et portant jusque dans les nues les élans de l’art chrétien. Pour les décorer, la peinture et la sculpture multipliaient leurs ressources, et, sous ces voûtes magiques, le peuple tout entier était invité à jouir des chefs-d'œuvre de l'éloquence, de la poésie et de la musique chrétiennes. C’est ainsi que peu à peu les intelligences ont màri au soleil de la liberté, ne relevant en rien des princes de la terre, explorant la carrière sans bornes du vrai, du beau et du bien, sans autre guide que l'Église, c’està-dire que les plus grands et les plus solides esprits, adhérant eux-mêmes librement à la vérité divine.

On a beau chercher à ridiculiser ‘ les méthodes et

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