Prop. 20. — 2. Prop. 39. 42 et
serait complétement indépendant, et le Saint-Siége ne pourrait plus, en aucun cas, délier les sujets de leur serment de fidélité.
Ces décisions, que l’on vante comme fort libérales, portèrent à la liberté les plus fatales atteintes. Au point de vue religieux, le clergé, séparé de Rome, tomba de plus en plus sous la dépendance de la royauté. Plus d'élections ecclésiastiques, plus de conciles particuliers ni généraux; abbayes et évèchés devinrent l'apanage des cadets et des bâtards de cour. « Tel est, comme l'écrivait ‘ récemment l’archevèque de Tours, le sort inévitable des églises particulières, qui ont laissé se relâcher le lien de l’unité qui les attachait à l'Église, maîtresse de toutes les autres. Au lieu de recevoir la légitime impulsion du pontife romain, elles subissent les ordres d’un ministre qui, quelquefois, n’a pas la foi chrétienne, ou même d’un officier militaire. Elles vivent ainsi dans l’humiliation et l'impuissance. Les membres du clergé, dans ces églises déshonorées, jouissent de très-grands revenus; on leur accorde des priviléges dans l’ordre civil et des distinctions mondaines: mais ils ont cessé d’être, aux yeux des peuples, les ministres de Dieu chargés de la noble mission de sauver les âmes, et ils deviennent souvent, entre les mains de la puissance séculière, les instruments dociles des passions injustes et de l'oppression des peuples. »
1. Réponse à la circulaire du ministre des cultes sur l’Encyclique.
Au point de vue national, l'arbitrage du Souverain Pontife ayant cessé, l'union des peuples chrétiens contre les musulmans fit place à de sanglantes rivalités. Pendant que les grands États dévoraient les petits et s’usaient entre eux, les Turcs purent impunément s’emparer de Constantinople et s'établir en Europe. La liberté politique ne fut pas moins atteinte. Plus d’états généraux pour voter l'impôt, plus de franchises communales: les corps de métiers, comme les abbayes, tombèrent en tutelle, et devinrent des instruments de fiscalité. Ainsi périssaient en France, pour des siècles, les libres institutions qu'avait inspirées l'esprit chrétien, et qui, à la même époque, jetaient en Angleterre des racines assez fortes pour résister plus tard à toutes les révolutions. Ainsi se perfectionnait et se consolidait l’absolutisme royal, qui, après avoir pris soin de détruire les obstacles et les résistances, et après avoir affranchi sa propre conscience de toute loi et de tout contrôle, put s’apercevoir bientôt qu'il avait supprimé par là sa meilleure et sa seule garantie, en déliant complétement la conscience populaire.
Incomplet en Oecident, le schisme a porté ses fruits dans l'empire grec et en Russie. Il est là vivant à nos portes, type parfait du despotisme et de l’autocratie aspirant à la monarchie universelle.
Là, comme au temps du schisme d'Avignon, excepté
un seul détail, la doctrine n’a pas non plus varié, et
néanmoins, par cela seul qu’il vit séparé de Rome et sous la dépendance du pouvoir civil, le clergé y est tombé au dernier degré d’avilissement. Cette puissance morale n’étant plus qu’un docile rouage administratif, l'autorité des czars n’a plus connu de frein. Liberté politique, liberté sociale, tout avec la liberté de conscience a été sacrifié à cette prétendue conquête du monde, que Pierre le Grand a léguée à ses successeurs. Sauf quelques essais de révolte durement châtiés, les grands se sont contentés de servir ces projets de domination universelle; les petits ont vécu dans un servage matériel et intellectuel. S'il est question aujourd’hui de leur émancipation sociale, on peut dire d’ayance que ce progrès partiel tournera tout entier au profit du despotisme central et de la force militaire des czars. Ce ne sera que l’évolution naturelle de l’autocratie, dont les tendances niveleuses et socialistes sont un des traits caractéristiques.
Derrière ces apparences de liberté et de bien-être, que les hommes d’État russes n’inyoquent pas avec moins d'habileté que nos réformateurs occidentaux, se cache l’omnipotence menaçante, qui, non-seulement anéantit toute indépendance des esprits et des consciences en Russie, mais encore met à la fois en péril la vie religieuse et la vie nationale des peuples voisins. C'est là le but monstrueux que la Russie poursuit en Pologne.Que, pour la grandeur de son pays, on fléchisse
L'ÉGLISE DANS L'ÉTAT. 179 le genou devant son prince à soi, qu’on lui sacrifie tout jusqu'à son âme, c'est une bassesse qui peut encore se couvrir du voile du patriotisme; mais être conquis et immoler sa foi au destructeur de sa patrie, c'en est trop. Aussi la Pologne puise-t-elle dans son catholicisme une indomptable énergie pour protester contre l'oppression; et, quand la Russie veut aller à la source de cette admirable force de résistance, elle sait que c'est aux prêtres romains et à Rome qu’elle doit s’en prendre, et que tant que la Pologne sera catholique, on pourra l’exterminer, mais non l’assimiler.
En effet, qu'est-ce que la vie nationale, ce trésor qui est la joie et l’orgueil du citoyen, sinon cette mystérieuse unité de croyances, de traditions, de luttes et de souffrances, qui d’un peuple ne fait plus qu’une grande famille? Prépondérante dans cette genèse nationale, la religion, quand elle varie elle-même, forme des peuples ennemis à jamais irréconciliables. Seule, la religion catholique a élevé côte à côte des peuples frères, capables de se respecter, de s’unir et au besoin de se fondre complétement.
Au dedans et au dehors, le schisme est la négation de cette liberté nationale. Il est à la fois l’exploitation de la vérité, au profit d’une nation qui veut dominer les autres, gt la confiscation de l'autorité spirituelle au profit du pouvoir civil, qui devient par cela même
absolu. La pragmatique sanction de Bourges, la décla-
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ration de 1682, et plus tard les articles organiques n'ont été que les velléités schismatiques et autocratiques de Charles VIT, de Louis XIV et de Napoléon I*.
Schisme et autocratie sont synonymes.