‹ L'Encyclique: Les Principes de 1789Chapitre 22 sur 51 · L'HÉRÉSIE OU L'ÉGLISE SELON L'ÉTAT · texte numérisé non relu

L'HÉRÉSIE OU L'ÉGLISE SELON L'ÉTAT

Du schisme à l’hérésie, de la confiscation à la falsification de la vérité, il n’y avait qu’un pas. À quel titre l'État empèchait-il l’Église d'agir et de vivre dans sa pleine liberté? Au nom de la raison nationale, dont il se disait le représentant. Or, du moment que la raison limitait l’action de la foi, c'était évidemment se proclamer, non-seulement égale, mais supérieure à la foi, et reconnaitre en soi une lumière supérieure, capable de juger et de réformer la foi. Au lieu de protester tacitement contre tel ou tel concile, dont les décisions heurtaient la raison, pourquoi ne pas modifier ouvertement leur doctrine?

C’est par cette filiation d'erreurs, lentement et successivement inculquées, que les ennemis de l'Église en vinrent à oser dire que les Papes et les conciles s'étaient écartés des limites de leur pouvoir, que non-seulement ils avaient usurpé les droits des princes, mais qu’ils

avaient ‘ erré même dans les définitions relatives à la | foi et aux mœurs, que l’Église ? n’avait pas le droit de se dire la seule vraie religion,-et qu’on pouvait trouver une autre forme de christianisme aussi agréable à Dieu et aussi utile au salut des âmes.

Aujourd’hui que le protestantisme est devenu, pour les uns, une croyance traditionnelle, reçue de leurs aïeux, et souvent accompagnée de vertus respectables: pour les autres un rationalisme élastique, se dégageant peu à peu de toutes les formes religieuses, de tous les enseignements bibliques, et aboutissant au règne de la raison pure, il est facile d'oublier ce qu'était à son début la réforme du xvi° siècle. À cette époque, on ne faisait pas des religions nouvelles pour le plaisir de ruiner celle de ses pères, mais bien pour prendre plus facilement la place, la fortune, et au- besoin la femme d'autrui. Cette nouvelle brèche à la vérité, et c'était là sa raison d'être, ouvrait carrière à bien d’autres licences que le schisme, qui n’était bon qu'à caresser l'ambition des souverains et l’orgueil des légistes. Jusqu'alors, eût-on tenu le Pape prisonnier, on ne pouvait ni divorcer, ni prèter à usure, ni voler le bien des couvents, et il en avait coûté cher aux Albigeoïis pour le tenter. Mais, l'autorité spirituelle s'étant peu à peu affaiblie sous l’étreinte du pouvoir civil, nobles, gens

de lettres et financiers purent reprendre impunément,

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