LA RÉVOLUTION. OÙ L’ÉTAT SANS L'ÉGLISE
Pendant cinq siècles, de Philippe le Bel à Louis XV, la royauté française avait, d’une main, étendu et resserré sur tout le pays le réseau de son autorité absolue, de l’autre combattu, comme le plus sérieux obstacle à ses desseins, l'indépendance de l’Église et du Saint-Siége. Sans s'en apercevoir, la monarchie s'était usée à ce travail aveugle et insensé. En s’éloignant de l'idéal, les peuples catholiques n’avaient pas perdu cette soif de perfection qui est leur impérissable privilége. Les abus augmentaient, la patience à les supporter diminuait. Sous les pas des princes qui partageaient ou lais- : saient partager la Pologne , des courtisans quij dévo- ‘ raient les revenus de l'État, des philosophes qui’achetaient, à force d’encens, leur part du festin, couvait un volcan qui allait faire justice des uns et des autres.
S'appropriant leurs idées, la Révolution se lève et
dit au peuple : l'État, c'est toi! Puisque nul droit n’est sacré, ce n’est plus le bon plaisir du prince, c’est le tien qui fera la loi, qui créera la justice, qui dictera la vérité. Le roi n’était que ton représentant, délégué par toi, révocable à ta volonté; désormais tu seras toimême souverain absolu, infaillible. Plus d'autres princes, nobles ou magistrats que ceux que tu auras choisis; plus d’autre dogme politique, religieux ou social, que celui qu’il te conviendra d'admettre.
Inutile de se le dissimuler, c’est là le véritable esprit caché sous le nom vague et nuageux de principes de 89. On éprouve d’abord quelque embarras à résumer les actes et les lois où ces principes fameux ont laissé leur empreinte. Mais eux-mêmes ont eu soin de se for- .muler dans la Déclaration des droits de l’homme t, document trop oublié, qu'il importe de relire et de méditer.
Rédigée d’après toutes les règles du style traditionnel de la franc-maçonnerie, cette déclaration n’est autre chose que l'ouverture et l'inauguration du Temple, auquel les initiés travaillaient depuis près d’un demisiècle. Le plan de l'édifice ne laisse rien à désirer. Une ère nouvelle de lumière, de bien-être et de liberté s'ouvre pour les hommes et pour les peuples, et, afin d'atteindre un but si digne d’envie, la raison se donne pleine faculté de remanier à son gré religion, gouver-