Prop. 30, 31, 32, — 9, Prop. 36 et
LIBERTÉ RELIGIEUSE SANS L'ÉGLISE. 207 n'être plus qu'une religion comme les autres, sans indépendance, sans force d'expansion, se contentant de consoler les malades et d'enterrer les morts sous la protection de l’État, on résolut de l'exterminer, Ses temples furent fermés, ses prêtres proscrits, le Pape enlevé de Rome et voué à des traitements barbares, qui, en quelques jours, le conduisirent au tombeau; comme au temps des premiers chrétiens, il ne resta plus d’autre liberté que de confesser sa foi sur l’échafaud.
© L'Europe assista avec indifférence à cette persécution, qu'on regardait comme l’agonie d’une croyance qui avait fait son temps, et les gouvernements d'Autriche, de Naples et d'Espagne, depuis longtemps habitués à la tenir captive et à lui prendre successivement ses biens et ses libertés, ne songèrent qu’à partager avec le Directoire français les dernières dépouilles de la Papauté. -Nul ne se douta que ces excès de la force brutale attestaient l'injustice et l'impuissance de ceux qui les commettaient, et allaient être pour l'Église le signal de son réveil et d’une éclatante revanche. En effet, si, comme on le prétendait, le catholicisme n’avait été qu’une vieille superstition, le mieux était de l’abandonner, comme il le fait lui-même du judaïsme et du protestantisme, à l'action du temps et de la libre discussion, au courant de la science et de la civilisation, et en même temps aux attaques de toutes les passions intéressées à sa
ruine. En employant le fer pour l’extirper, on constata
48 CHAPITRE XIIL
/sa vitalité, et on lui rendit, par le témoignage de ces nouveaux martyrs, un éclat et une vigueur inattendue. De son côté, la Révolution tomba rapidement dans l’abime où la poussait son principe, et formula comme religion d'État celle qui consistait à n’en plus avoir aucune. Le culte du nouvel Être suprême, mis à la place de Jésus-Christ, voulut avoir son calendrier, ses jours de fête et de repos, et, à peine fermées, les églises se rouvrirent pour offrir aux adorations du peuple souverain la raison déifiée sous les traits d’une prostituée.
Dans ces étranges saturnales, où l’on ne voit d'abord qu'un pur délire, il y a une puissance de logique et une profondeur de vérité à jamais dignes de réflexion. La raison éternelle, incarnée en Jésus-Christ et clouée sur une croix par les passions qu’elle venait dompter, et la raison humaine, incarnée en une créature immonde et portée sur les autels par ces mêmes passions conjurées, voilà les deux types et les deux divinités qui se disputent le monde moderne.
Tant que Jésus-Christ n’était pas venu sur la terre, il pouvait y avoir, pour sauver la raison et le droit naturel, des essais philosophiques pleins de grandeur et de dignité. Aujourd’hui, quand les hommes rejettent volontairement le flambeau divin pour ne s'appuyer que sur eux-mêmes, plus coupables que les anciens, ils sont condamnés à tomber plus bas qu'eux dans la fange du paganisme.
La France de 1793 recula devant ses propres excès, et, en même temps qu'elle demandait au pouvoir personnel et absolu de Napoléon I* un refuge contre l'anarchie, elle renonça à fonder le culte de la raison sur les ruines sanglantes du catholicisme. Le concordat admit et constata que cette religion, pour laquelle tant de prêtres, de gentilshommes et de simples paysans avaient donné leur vie, était encore celle de la grande majorité des citoyens. À une négation radicale succéda la reconnaissance, sinon formelle, du moins tacite, de la révélation divine. Poussant jusqu'aux dernières limites du possible les concessions faites aux anciens rois de France, le Saint-Siége, en échange du rétablissement du culte, laissa au gouvernement le droit de lui présenter les évêques, consentit à remanier la circonscription des diocèses et à diminuer le nombre des fêtes, et accepta le principe d’une indemnité comme dédommagement définitif des biens dont le clergé avait été dépouillé. C’étaient là de grands et douloureux sacrifices. Toutefois, acceptés de bonne foi et sans arrièrepensée par un État catholique, avec le désir de cicatriser les plaies du passé et de rendre une pleine liberté à l'Église, ils pouvaient être pour elle le point de départ - d'un avenir d'expansion pacifique, et elle eût bientôt reconquis, par l’ascendant de ses vertus et par la force native de ses institutions, le terrain qu’une savante oppression et que de cruelles violences lui avaient enlevé.
Ce n’était pas ainsi que l’entendait la Révolution. Un instant vaincue par l'horreur qu'avaient inspirée ses propres triomphes, elle était loin d'abandonner ses plans d’avenir. Elle trouva moyen d’inspirer au prince qui relevait généreusement iles autels, les méfiances insensées que les légistes avaient jadis cultivées au cœur des rois de France, et le jour même où le concordat proclamait une trêve solennelle et librement consentie entre l’Église et la France sa fille aînée, la guerre recommença; les vieilles traditions d'oppression se renouèrent par la promulgation des articles organiques, première et grave infraction! faite par l’État au traité qui le liait.
Par cette mesure arbitraire, connue aussi sous le nom de loi du 18 germinal an x, aucune bulle, bref ou lettre apostolique?, ne serait publiée sans l'autorisation du gouvernement.
Aucun décret, même des conciles généraux, ne pouvait être promulgué, aucun concile national, aucun synode diocésain ne serait tenu sans sa permission expresse.
En cas d'abus ?, l’État se réservait le droit de faire juger, casser et annuler par le conseil d’État les actes pontificaux et épiscopaux.
Tous les établissements religieux, autres que les