‹ L'Encyclique: Les Principes de 1789Chapitre 31 sur 51 · Prop. 4b. 47 ct · texte numérisé non relu

Prop. 4b. 47 ct

de ses actes trahisse sa véritable conviction. Mais, en admettant qu'il se rende complétement impénétrable, qu'en conelura l'enfant du peuple, dans sa clair voyance instinctive? C’est que, si l'État, les fonctionnaires, les lettrés traitent avec les mêmes égards toutes les religions, apparemment elles ont droit à la même indifférence et au même mépris; et qu'on les lui laisse, à lui, comme un aliment destiné aux intelligences de bas étage.

Ainsi, sous prétexte de ne rien imposer aux consciences, on ne les nourrit pas. La Foi, qui est leur vie, est fatalement minée, dans le cœur des enfants, par l’enseignement, qui n’a pas pour but principal de la confirmer et de la consolider. Bientôt elle disparaît complétement dans le tourbillon d'une vie sociale où elle n’a plus ni un jour ni une heure réservées.

Pour le jeune homme et pour la jeune fille, qui ont si besoin du Dieu vivant, du Dieu tendre et compatissant, toujours prêt à les consoler, à les nourrir et à les fortifier, Jésus-Christ n’est bientôt plus, comme le veut Renan, qu'une statue de marbre antique, un moraliste perdu dans le lointain des âges. Bacchus et Vénus, au contraire, sont là en chair et en os, à chaque coin de rue, qui guettent et qui appel.ent leurs victimes, et qui multiplient leurs piéges et leurs séductions, jusqu’au jour où, désarmées, elles tombent en leur pouvoir. Le riche seul peut préserver la foi et la vertu de ses

enfants, et, par la plus monstrueuse, par la plus intolérable des inégalités, à moins d’un miracle, le fils de l'ouvrier est condamné à l'indifférence et au scepticisme brutal, sa fille au déshonneur et à une flétrissure précoce. De là ces malheureuses populations, si bien décrites par l’ancien représentant du peuple Corbon, buvant à la hâte le‘venin des journaux, passionnées, aigries contre le prêtre qu’elles ne connaissent que par des calomnies, détestant l'Église qui seule pourrait les rendre heureuses, irritées contre les riches et contre le pouvoir, avides d’un idéal qu'elles ne trouvent nulle part, et qu'elles poursuivent à travers les débauches et les révolutions, usant leur vie, leur santé et leur âme en déceptions, en violences et en tortures de tous genres.

Que devient alors la famille, ce dernier foyer de la liberté et de la dignité morale? Là aussi, sous le manteau de la liberté, la misère exerce sa tyrannie. Privé de tout patrimoine,’ de toute réserve individuelle ou collective, le pauvre ne peut plus suffire à la charge d'élever ses enfants. Les riches lui crient avec Malthus d'en limiter le nombre, et, comme si le fait constituait le droit, ils s'empressent d’abaisser les salaires dans la même proportion. Non-seulement le petit ouvrier de Paris n’a plus de dimanche; mais, au delà de deux enfants, il est dans l'indigence. Sur cette pente glissante, la tentation naturelle est d'abord destériliser le mariage,

puis de ne plus se marier. Le lien indissoluble et fécond du droit naturel, consacré par la religion, fait place à d'inconstantes et d'égoistes unions, et, au lieu du frein de la foi et de la piété, l'État! n’a, pour lutter contre le malthusianisme et le concubinage, que la fausse et impuissante formule du mariage civil, dont on trouve bientôt plus commode de se passer également. Ainsi se perd, avec les mœurs, le respect mérité de la femme. Ainsi, par un système aussi inepte au point de vue économique que coupable au point de vue moral, se tarit peu à peu la population, c'est-à-dire la première richesse d’une société. En effet, l'éducation des enfants est le capital le mieux placé, et les 1,000 ou 1,200 francs que coûte chacun d’eux, ne sont rien en comparaison de ce qu’ils produisent eux-mêmes à l’âge viril. Un pays réduit à leur refuser le jour, parce qu’il n’aurait pas de quoi leur faire cette misérable avance, serait, par ses honteux calculs, au-dessous du planteur d'Amérique, qui savait s'enrichir en multipliant ses noirs.

Comme on pouvait s’y attendre, pour qui n’a rien le droit commun, la liberté sociale, la liberté politique et la liberté religieuse ne sont qu’un leurre. Son corps est à jamais condamné à la fatigue, son esprit à l’ignorance, son cœur à la peine, son foyer à la solitude, ses rares enfants au doute ou à la séduction. Si, heureusement, il n’en est pas ainsi partout, c’est grâce à des

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vertus et à des traditions tout à fait indépendantes de cette prétendue civilisation, et c'est dans la capitale, où elle exerce tout son empire, que le mal est le plus grand. Il est donc permis de dire qu’en eux-mêmes, le laissezfaire, le laissez-passer, l'abdication de l’Église et de l'État, ne profitent qu'à une nouvelle aristocratie, non moins absolue, non moins exclusive que les précédentes.

Ce n’est pas d'aujourd'hui que la liberté illimitée produit de tels fruits. La vieille féodalité, bardée de fer, s’en allait guerroyant sous un drapeau pareil, quand elle livrait le pays au pillage, et ouvrait carrière à toutes les ambitions : et ce fut pour les rois une occasion, commode et populaire, de supprimer la liberté politique et militaire, que ces turbulents seigneurs invoquaient, mais dont. ils faisaient. un si étrange abus. Un peu plus tard, le libre examen donna naissance à la féodalité des réformateurs et des sectaires, qui, par leurs excès et par leurs désordres, forcèrent bientôt le pouvoir de confisquer la liberté de penser. En ce moment, nous avons affaire à la liberté financière, à l’absolutisme du capital, affranchi de toute loi divine et humaine, faisant de mortelles blessures à la liberté sociale, qu’il se vante de fonder,

Pour distraire la multitude, et pour détourner son attention des priviléges exorbitants dont ils jouissent, ces nouveaux venus ne trouvent pas assez de cris contre

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