DE L'EAU (SUITE
Propriétés chimiques de Veau. — L'eau, considérée au point de vue chimique, présente deux propriétés très-importantes ; ces deux propriétés sont : T indifférence chimique et la faculté d'être un dissolvant presque universel.
Par indifférence chimique 11 faut entendre l'aptitude que possède l'eau a se combiner avec Ios substances les plus diverses par lour nature et par leur mode de réaction. L'eau peut également se combiner avec les acides, avec, les bases et avec les corps neutres, c'est-à-dire avec ceux qui ne sont ni acides ni oxydes. Quand l'eau se combine avec un acide, elle joue par rapport à cet acide le rôle d'oxyde ou de base, et le résultat de la combinaison doit être considéré comme un sel. Par exemple, l'acide sulfurique et l'eau combinés ensemble constituent un véritable sel, que l'on pourrait appeler du sulfate d'eau. Mais cette dénomination, conforme aux règles de la nomenclature chimique, n'est point celle qui a prévalu. Pour exprimer qu'un acide s'est uni à l'eau afin do produire un sel, on dit que cet acide s'est hydraté. Ainsi le corps que nous avons appelé sulfate d'eau dans l'exemple précédent, est communément désigné par les chimistes sous le nom d'acide sulfurique hydraté. On dirait scmblablement : l'acide azotique hydwth , l'acide phosphorique hydraté, etc., au lieu de dire : azotate d'eau, phosphate d'eau, etc.
Quand l'eau, au lieu de s'unir à un acide, se combino avec une base puissante, elle joue dans ce cas un rôle diamétralement opposé au précédent. Elle devient par conséquent un véritable acide. Par exemple, la potasse et l'eau, par leur combinaison, donnent naissance à un véritable sel dont l'eau constitue l'acide, et dont la potasse est la base. L'eau considérée comme un acide devrait porter la dénomination d'acide hydrique, d'où il résulte que le sel dont il vient d'ôlro question devrait s'appeler un hydrate de potasse -, mais ex n'est pas ainsi qu'on le désigne. Pour le nommer, on ajoute au mot potasse l'épithète hydratée, et I on a do la sorte potasse hydratée do môme que l'on avait tout à l'heure acide sulfurique hydraté.
II existe en chimie des substances qui, n'élanl ni acides ni oxydes, sont pour celle raison nommées substances neutres ou indifférentes. L'eau peut très-bien se combiner chimiquement avec des substances de cette nature., ol, dans le corps qui résulte de cette combinaison, l'eau no joue ni le rôle d'acide ni celui d'oxyde; elle est, comme la substance avec laquelle elle se combine, neutre ou indifférente. Dans ce cas encore, pour désigner le produit de la combinaison, on ajoute au nom de la substance nout:e le qualificatif hydraté. Nous voyons donc que tous les composés que forme l'eau en s'unissant avec d'autres corps sont dénommés d'après les règles d'une nomenclature uniforme.
Au commencement de nos études de chimie, nous avons admis que tous les composée binaires oxygénés sont ou des acides ou des oxydes. Par ce qui vient d'être dit de l'eau, un comprend maintenant qu'il n'en est pas toujours ainsi et qu'il existe certaines substances qui, suivant les corps avec lesquels elles se combinent, se comportent tantôt comme un oxyde, tantôt comme un acide. Toute substanco qui se trouve dans ce cas, a reçu le nom de substance neutre ou indifférente. Une substance indifférente, mise en contact avec les réactifs colorés, est tout à fait insensible à leur influence. Ainsi, l'eau ne rougit pas la teinture bloue do tournesol, cl no ramène pas nuu plus au bleu cette môme teinture préalablement rougie par un acide.
Les faits que nous venonsd'ex poser font pressentir que j usqu'à présent nous n'avons donné qu'une définition empirique des acides et des ox j des. Mais il est extrêmement difficile de formuler une définition de ces deux sortes de corps qui puisse s'appliquer à tous les cas. Nous essayerons pourtant de le faire par la suite.
L'eau possède la propriété d'être un dissolvant à peu près universel. Presque tous les corps, mis dans l'eau, s'y dissolvent, c'est-à-dire y fondent en plus ou moins grande quantité sans troubler le moins du monde la transparence de ce liquide. Les substances mêmes que nous déclarons insolubles dans l'eau ne le sont pas rigoureusement; elles sont beaucoup moins solubles que les autres; voila tout.
Les conditions de solubilité dans l'eau ne sont pas les mêmes pour les gaz que pour les liquides. Plus l'eau est froide, et plus elle dissout de gaz. Au contraire, plus la température de l'faau est élevée, et plus elle est apte à dissoudra un poids plus considérable d'un corps solide. Tout le monde sait qu'il n'y a qu'à chauffer l'eau pour en chasser les gaz qui peuvent s'y trouver dissous. Personne n'ignore non plus qu'une eau dissoudra une quantité de sucre d'autant plus grande que
cette eau se trouvera à une température plus élevée.
Lorsque, pour une température donnée, une eau a dissous la plus grande quantité possible d'une certaine substance, on dit que cette eau est saturée do cette substance.
En général, la dissolution d'un corps dans un nuire se fait d'autant mieux que le liquide dissolvant et le corps dissous se ressemblent davantage et s'approchent plus d'une composition chimique identique. Ce principe explique fort bien pourquoi le sucre, qui n'est qu'un composé de charbon et d'eau, se dissout parfaitement dans ce dernier liquide. Semblablemcnt les corps gras se dissolvent très-bien dans le savon qui est de même nature qu'eux; l'or et 1 argent se dissolvent dans le mercure, qui est un métal commo eux. Enfin le soufre a pour dissolvânt le sulfure do carbone, liquide composé de soufre et de charbon.
Quelle est au juste la nature d'une solution? Une solution n'est pas autre chose qu'une espèce de vaporisation. Toute la différence qu'il y a entre ces deux phénomènes, c'est que la véritable vaporisation a lieu dans les gaz. tandis que la dissolution a lieu dans un liquide. Les expériences de Graham tendent à prouver l'identité des deux phénomènes. Voici en quoi consiste la plus concluante do ces expériences. Dans un flacon vide, on en place un second plein d'eau sucrée, et on achève do remplir d'eau pure le premier flacon, en ayant soin do verser doucement pour ne pas opérer le mélange des liquides des deux vases. On dépose le tout dans un lieu tranquille, et, comme au bout d'un certain temps on peut constater que toute la masse liquide s'est sucrée, on en conclut qu'il y a eu diffusion du sucre dissous dans le second vase. Du reste, les circonstances de la solution sont analogues à celles de la vaporisation.
En effet :
\o Par la vaporisation, il y a de la chaleur latente absorbée; il y en a aussi par la dissolution. Donc celle-ci a été précédée d'une sorte de fusion de la matière dissoute.
2o Un gaz admet do la vapeur dopuis la quantité 0 jusqu'à son maximum do saturation, lequel dépassé, on voit une partie de la vapeur repasser à l'état liquide. Quelque chose d'identique a lieu dans la solution- Quand on est arrivé au point de saturation, une certaine quantité do la matière que l'on veut dissoudra se précipite sous forme solide au fond de la liqueur qui sert de dissolvant.
3» Quand une vapeur se dilate, c'est-à-dire augmente de volume, il y a production de froid. Quand une dissolution est délayée dans l'eau pure, il on est de môme.
4° Quand la température augmente, la quantité
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de vapeur que peut contenir un gaz augmente également. De môme en général, un liquide dissoudra une même substance en quantité d'autant plus grande qu'il sera porté à une température plus élevée.
5° Un mélange de deux corps inégalement volatils permet d'opérer leur séparation par le procédé de la vaporisation. Semblablemcnt par voie de dissolution on peut produire des décompositions chimiques.
6« Qu'un corps solide ou liquide devienne vapeur, l'état primitif n'exerce aucune influence sur la quantité de vapeur produite. Il en est de même pour uno dissolution. Qu'on emploie du surro solide ou fondu, on aura des solutions identiques.
7° Une nouvelle addition de matière peut amoun dépôt dans la vaporisation et dans la dissolution.
De tout ce qui précède on doit conclure que la solution est une vaporisation s'opérant dans un liquide.
Puisque l'eau dissout en plus ou moins grande abondance la plupart des corps avec lesquels ello se trouve en contact, il en résulte qu'il ne doit presque pas y avoir d'eau chimiquement pure à la surface do la terre. La proposition est bien évidente pour l'eau do mer, dont la saveur salée indique clairement qu'elle doit contenir des matières minéral** en dissolution. .Vais, les eaux que nous appelons douces, par opposition à l'eau do la mer, c'est-à-dire celles des rivières, des sources, des fontaines et des puits contiennent aussi des sels en dissolution. Dès lors, comment se procurer de l'eau chimiquement pure? Au moyen d'une opération qui a reçu le nom de distillation. La distillation se fait dans des appareils appelés alambics. Pour avoir do l'eau distillée, on remplit d'eau ordinaire les deux tiers de la capacité d'une chaudièro en cuivre (fig. fi), appelée cucurbite, et chauffée par la flamme d'un foyer F. Cette eau se réduit en vapeur qui monte dans le dôme D ou chapiteau de la cucurbite, passe de ce chapiteau dans le tuyau T, d'où elle so rend dans un tube S, contourné plusieurs fois sur lui-même, et qui, à raison de cette circonstance, a reçu le nom de serpentin. Ce serpentin est plongé presque tout entier dans un vase K rempli d'eau froide, appelé rèfrijèrant. Il v ient ensuite déboucher à l'extérieur par un orifice 0, au-dessous duquel est un flacon destiné à recevoir le produit de la distillation. L'eau de la cucurbite en se réduisant en vapeur n'entrainc pas avec elle les matières dissoutes. Celles-ci ne tardent pas à se déposer en une couche solide plus ou moins épaisse sur les parois do la chaudière. La vapeur qui arrive dans le serpentin est donc de l'eau chimiquementpure. Celte vapeur ne peut pas rester à l'état gazeux, puisque
le serpentin est à chaque instant refroidi par l'eau du réfrigérant. Elle so condense par conséquent, c'est-à-dire repasse à l'état liquide. Il u'y a plus qu'à la recevoir dans le flacon placé sous l'ori- Gco 0 du serpentin. Pour maintenir toujours à uno basse tompéralure I eau du réfrigérant, au moyen d'un tuyau T, on amène un courant d'eau froide dans la partie inférieure de ce réfrigérant. Celte eau froide, à mesure qu'elle arrive, soulève l'eau déjà échauffée par son contact avec le serpentin, cl la pousse vers l'otiGce 0' d'un robinet adapté à la partie supérieure du réfrigérant. Celte eau échauffée sort par cet orifice. On la recueille avec soin et on l'emploie à alimenter la cucurbite. Sa température déjà élevée fait qu'on en obtient plus vite la vaporisation II y a ainsi économie de combustible. Les premières parties de liquide qui passent à la distillation doivent élre rejetées, attendu qu'elles peuvent se trouver mêlées à des substances gazeuses, telles que l'acide carbonique, l'acido chlorhydrique, etc., qui, pendant la vaporisation, ont pu s'échapper de l'eau que contenait la chaudière. L'eau distillée doit être conservée dans des récipients bien propres et hermétiquement fermés. Les chimistes en font un usage continuel dans leurs laboratoires. Ils l'emploient surtout comme dissolvant. Elle n'est point potable, non-seulement à cause de son goût fade et douceâtre, mais encore parce qu'elle ne contient plus les sels propres à favoriser l'action digestive de l'estomac.
Merlettk.
HISTOIRE NATURELLE
8UITK DB LA DIGESTION. — NATURE DBS ALWBMTS.
Il faut entendre par aliment toute substance capable de parcourir chacune des phases de la digestion pour se transformer finalement en chyle, et devenir assimilable, c'est-à-dire apte à entrer dans la cemposilion de nos organes.
Les aliments de l'homme peuvent être des substances animales, des substances végétales ou des substances minérales ; le plus souvent l'homme se nourrit d'animaux et de végétaux; ou, en d'autres termes, de viandes , de légumes, de racine» et de fruits. Cependant, dans des circonstances plus nombreuses qu'on ne le croirait au premier abord, on a vu des substances minérales el particulièrement certaines sortes d'argiles, concourir à la nourriture.
Celle coutume de manger de la lerre a été désignée sous le nom de gëophagisme, des deux mots grec9 gé, terre et phagein, manger. Le géophagteme, ainsi que nous allons le prouver, est moins rare qu'on ne pense. Bien que les auteurs anciens s* soient peu occupés do cette question, quelques-uns d'entre eux en disent cependant assez pour faire comprendre que le géophagisme n'est pas un fait nouveau , mais qu'il a été constate1 a une époque déjà éloignée do nous. Par exemple, Pline le naturaliste parle d'un ragoût nommé alica, confectionné avec de la farine de mais, jointe à une certaine terre que l'on rencon trait entre Pouzzoles et Naples, sur le mont Lun cage. Ah rapport de cet auteur, les Napolitains étaient très-friands de ce mets, et Auguste, voulant leur être agréable, avait rendu un décret qui leur accordait annuellement sur sa cassette t0,000 sesterces destinés à l'achat de la terre qui leur plaisait tant. Breislaz, dans sa description de 1a Campanie, dit avoir retrouvé celte terre dans la localité indiquée par Pline, et avoir reconnu qu'elle n'était autre chose que du plâtre très-pur. Apicius, dans son Traité de l'art culinaire, donne deux recettes différentes pour la confection do l'alica. D'après Athénée et Euslache le Scoliasle, les Grecs avaient coutume de mêler au vin de Zante, avant de le boire, une notable quantité de plâtre en poudre. C'est à peu près à ce que nous venons de dire que se réduit tout ce que nous ont transmis les auteurs anciens louchant la coutume do manger do la terre. Les témoignages des modernes à ce sujet sont beaucoup plus nombreux et plus explicites.
Yalmontde Bomare et l'Encyclopédie rapportent qu'en Espagne et en Portugal, les dames éprouvent un très-vif plaisir à mâcher du bucatv, espèce d'argile d'une couleur jaune rougcâlro, qui, après avoir subi une sorte de fermentation, communique aux liquides avec lesquels on la met en contact, une odeur agréable et une saveur exquise. Cysat, auteur d'une description du lac de Lucerne, dit qu'un tonnelier de cette dernière ville étant tombé dans un précipice d'où il ne put être retiré qu'au bout de cinq mois, il parvint ù se nourrir, pendant tout ce temps, au moyen d'une efllorescence minérale qui se trouvait sur le» parois des rochers.
Les ouvriers qui travaillent aux mines do Kelbre, en Thuringc, mangent habituellement une espèce d'argile qu'ils étendent comme du beurre s.ur leur pain. Us donnent à celto substance le nom de moelle de pierre, en allemand, ttiminurk. Cette moelle de pierre est d'un grain si fin qu'il suffit de la plus petite quantité d'eau pour la changer en bouillie.
Suivant Giorgi, les habitants de la Sibérie font une grande consommation d'une lerre qui recouvre
certaines roches composées d'un schiste alumineux. Us appellent cette substance beurre de roche, et la considèrent comme un remède excellent pour la diarrhée.
Au Kamtchatka, les Tonguses et les Russes eux* mêmes mangenl une autre variété d'argile tantôt pure, tantôt délayée dans de l'eau ou du lait. Loin de les incommoder, cet aliment est pour eux un Ionique pendant le printemps, époque à laquelle ils ne se nourrissent que de poisson.
On rapporte que, dans les temps de disette, les habitants de6 contrées que baignent le Volga et l'Oural, mêlent à leur pain une variété de plâtre en poudre, qu'ils appellent farine de roche, et ils semblent n'éprouver aucun effet fâcheux de celte immixtion. Il existe dans l'Indoustan une substance connue sous le nom d'argile du Mogol ou terre de Patna ; elle est d'un gris jaunâtre, cl on en fabrique des vases très-minces el très-légers, dans lesquels l'eau contracte une odeur et une saveur agréables. Quand ces vases sont vides, les femmes les brisent et on mangent les fragments avec avidité.
On vend habituellement dans plusieurs villages de l'Ile de Java de petits gâteaux de forme carrée et de couleur rougcâlro, qui portent cher les Indiens le nom de Tënèampa ; ils ne sont composés que d'argile. Les indigènes do la Nouvelle- Calédonie, pour échapper aux souffrances quo la faim leur fait trop souvent endurer, avalent lenormes morceaux d'un talc friable, dans lequel o chimiste Vauquelin a reconnu la présence d'une forte proportion de cuivre; et, chose remarquable, cet aliment extraordinaire ne les incommode point.
Mais voici qui est plus singulier encore : parmi les ouvriers qui exploitent les mines des monls Kaqrathes, il en eslun grand nombre qui mangent de l'arsenic étendu sur du pain. Quelques-uns d'entre eux absorbent des doses considérables de ce violent poison sans qu'ils s'en ressentent le moins du monde. Au contraire, tous ceux qui ont contracté cette habitude, acquièrent en général de l'embonpoint; ils deviennent gros et gras et présentent un teint vermeil. Ils sont bien connus dans la contrée sous la dénomination de mangeurs d" arsenic
Les nègres do la Guinée mangent d'une terre jaune nommée cahouac, et cet aliment insolite leur plail tant que ceux d'entre eux qui sont transportés comme esclaves dans les Antilles d'Amérique, aiment mieux s'exposer aux châtiments les plus rigoureux, plutôt que de renoncer à l'usage d'avaler de l'argile En vain, les gouverneurs des diverses colonies européennes ont-ils édicté des peines très-sévères contre les nègres qui mangeraient du cahouac, toutes leurs prohibitions de-
L'ENjCXCLOPÉDJE DES ÉCOLES
meurent sans effets, et les esclaves trouvent toujours bien le moyen de tromper leurs surveillants. Ainsi, les négresses qu'où emploie ù la fabrication des vases do terre profilent de celte circonstance pour avaler fréquemment des boulettes de craie; et, après les pluies, il est souvent nécessaire d'enfermer les petits nègres pour les empêcher do manger de la terre.
Voilà sans douto déjà bien des exemples de géophagisine; mais le plus remarquable do tous est celui qu'ont observé do Ilumboldt et Donpland, dans un village do l'Amérique du sud, habité par le* Indiens Otlomaches. Ces deux célébrées voyageurs ont remarqué que ces sauvages, qui ne se livrent à aucune culture, so nourrissent do poissons et de tortues tant quo la péchu est possible, c'est-à-dire pendant tout le temps que les eaux des innombrables rivières qui arrosent le pays sont très-basses; mats, dès que survient la crue périodique de ces cour» d'eauj comme il n'est plus possible aux Indiens de se procurer leur nourriture habituelle, ils se résignent à vivre, durant trois mois au moius, d'une terre à potier, grusse, douce au toucher, à laquelle est mêlée une petite quanlité d'oxyde de fer. Cette sorte do terre glaise se rencontre en abondance sur les bord» de l'Orénoque et de la Mêla. Avant d'avaler cette terre, les indigènes la pétrissent pour eu former des boulettes de dix à quinze centimètres de diamètre, qu'ils font griller légèrement jusqu'à ce que leur surface ait pris une teinte rougeàlrc. On humecte uno seconde fois ces boulettes avant de les manger. Les deux voyageurs aperçurent dans toutes les cabanes d'énormes approvisionnements de ces boulettes; elles étaient amoncelée» eu pyramides. Le père Hainou Bueno, qui vivait depuis douze ansparmi les Ottomaches, assura à de Ilumboldt et àBonpIand, que chaque indigène mange, au moins, cinq ccnls grammes de cotte terre par jour, sans en être incommodé. Ces peuples déclarèrent euxmêmes aux deux savants Européens que l'argile en question composait leur unique nourriture pendant toulo la saison des pluies. A peine y joignaient-ils de terai« en temps uno racine de fougère, un lézard, ou quelque petit poisson. Du reste, cet aliment est tellement de le<ir goût, qu'ils en mangent par plaisir quand la crue des eaux est passée et qu'ils peuvent se procurer du poisson en abondance. Cotte nourriture singulière, et à laquelle des estomac? européens ne pourraient jamais s'habituer, n'empêche pas ces hommes d'être yrus cl robustes. Uu religieux espagnol, le père Gumilla a .prétendu, daus sou Histoire do l'Orénoque, que les boululles d'argile dont se nourrissent les Ottomaches contenaient, outre la terre qui en forme, la principale partie, de la farine do maïs et de la graisse de crocodile ou d'alligator ; et le célèbre
naturaliste Hatler a regardé comme impossible que ce peuple pût se nourrir uniquement de terre pondant toute uno saison de l'année. Mais lo missionnaire Kamon Bueno et le frère Juan G on za lès ont assuré à de Humboldl et à Bonpland que les boulettes d'argile ne contenaient ni graisse de crocodile, ni farine de maïs. Du reste, ce qui tranche définitivement la question à l'égard de celte dernière substance, c'est que te mais est une plante entièrement inconnue à la peuplade des Ottomaches. Eu outre, le chimiste français Vauqueiia, ayant analysé plusieurs do ces boulettes, n'y découvrit aucune traco de matières animales ou végétales.
Il résulte de tout) les développements dans lesquels nous venons d'entrer, que le géophagisme constitue un besoin impérieux pour la plupart des peuples qui habitent entre les tropiques. Le géophagisme n'est pointparticnlier à l'espèce humaine. Qui no sait en effet que beaucoup de vers et plusieurs mollusques se nourrissent exclusivement de terre, et que, parmi les mammifères et tes oiseaux, il en est un certain nombre plus enclins encore au géophagisme que ne le sont les peuples de la zone torride, chez qui cet instinct ost le plus développé?
Mkrlkttb.
VARIÉTÉS
COURS ÉLÈM&NTAIRK D'ARCHÉOLOGIE NVTIONALB SUITE DES OBJETS D AHT.
Poignards en bronze. — Les poignards en bronze ont exactement la même forme que les épées gauloises. Seulement ils ont des lames beaucoup plus .courtes , puisqu'elles ne dépassent jamais 35 à 40 centimètres. Ces lames ont une largeur considérable proportionnellement à leur longueur.
Têtes de lance. — On trouve quelquefois dans les tombeaux celtiques des tètes de kmee en bronze, d'une forme très-éiégante, comme on peut le voir sur les figures 9 et 40, qui représentent deux de ces armes d'un modèle tout différent. L'une se rapproche du type de nos lances actuelles; l'autre, beaucoup plus étroite et terminée en une pointe très-effilée, ressemble passablement à un gros clou. Toutes les deux sont munies d'une douille destinée à recevoir le bois de la lance. Des trous percés dans ces douilles permettaient d'introduire des clous, au moyen desquels on pouvait assujettir solidement ce bois. A l'extrémité opposée a la této de lance, le bois était garni d*u«e espèce de virole en bronze dans laquelle H était fixé. Trois do ces