‹ L'encyclopédie des écoles, journal de l'enseignement primaire et professionnelChapitre 139 sur 270 · LES PARVENUS · texte numérisé non relu

LES PARVENUS

Ni les troubles, Zénobie, qui agitent votre Empire, ni la guorre que vous soutenez virilement contre une nation puissante, depuis la mort du roi votre époux, ne diminuent rien de votre magnificence : vous avez préféré à toute autre contrée les rives de l'Euphrate, pour y élever un superbe édifice ; l'air y esl sain et tempéré, la situation en est rianlc, un bois sacré l'ombrage du côté du couchant; les dieux de Syrie, qui habitent quelquefois la terre, n'y auraient pu choisir une plus belle de-

meure : la campagne, autour, est couverte d'il mes qui taillent et qui coupent, qui vont et qui viennent, qui roulent ou qui charrient le bois du Liban, l'airain et le porphyre ; les grues et les machines gémissent dans l'air, et font espérer à ceux qui voyagent vers l'Arabie, de revoir, à leur retour en leurs foyers, ce palais achevé, et dans cette splendeur où vous désirez le porter avant de l'habiter, vous et |ps princes vos enfants. N'y épargnez rien, grande reine, employez-y l'or, et tout l'art des plus excellents ouvriers; que les Phidias et les Zeuxis de voire siècle déploient toute leur science sur vos plafonds et sur vos lambris ; traecz-y de vastes et délicieux jardins, dont l'enchantement soit tel, qu'ils ne paraissent pas faits de la main des hommes. Epuisez vos trésors et votre industrie sur cet ouvrage incomparable ; et, après que vous y aurez mis, Zénobie, la dernière main, quelqu'un de ces pâtres qui habitent les sables voisins de Palmyie, devenu riche par les péages de vos rivières, achètera un jour à deniers comptants celle royale maison , pour l'embellir et la rendre plus digne de lui el de sa fortune.

La Brbvkrk.

Zénobie, fille d'un prince aratw de Mésopotamie. Elle épousa en secondes uoeos Odénalh ; a la mort de ce prince, arrivée en Î67 après J.-C, la reine de Palmyrc prit le titre de reine d'Orient. Elle eut à combattre l'empereur Galieu qu'elle vainquit, puis Aurélicn qui remporta sur elle les deux victoires d'Anliochc cl d'Emèse, s'empara de Palmyro sa capitale et fit Zénobie captive. Elle orna le triomphe d'Aurélien et mourut à Tibur dans l'ob scurilé.

Liban, montagne do la Turquie d'Asie, renommée dans l'antiquité pour ses vastes forêts de cèdres. Le bois du Liban dont il est ici question n'est donc autre chose que le bois de cèdre.

Excellent, ce mot s'écrit aujourd'hui excellents ; à l'époque où écrivait La Bruyère, on supprimait au pluriel le t dans les adjectifs tels que excellent, tiolent, fervent, etc.; aujourd'hui cette licence n'est plus permise.

Phidias, célèbre sculpteur, né en Attique en 498 avant J.-C. Il donna le dessin des sculptures du Parthénon qu'il décora d'une statue de Minerve en or el en ivoire. Il fil aussi la statue do Jupiter Olympien, ainsi que plusieurs autres statues de Minerve.

Zeuxis, célèbre peintre grec, né en 468 av. J.-C. Ses principales peintures étaient celles qui représentaient Alcmèno, Pénélope, Hercule, Jupiter, Hélène. Un grand nombre de celles qui, après avoir élé vendues, se trouvaient à Rome, furent

transport** à Conslantinoplo où elles périrent dans les incendies qui désolèrent celte ville.

Hagyion jeune.

PREMIERS EXERCICES DE STYLE

Viens français a rajeunir.

(COIIAIGÉ.)

COMMENT PANTAGRUEL MIT TOUTE UNE AMIÉE A L'ABRI SOI'? SA LANGUE, ET PB CE QUE L'AU- TBUR VIT DANS SA BOUCHE.

Lorsque Pantagruel, accompagné de toute sa bande, entra dans lo pays des Dipsodes, il n'y eut personne qui n'en fût satisfait. Tous so rendirent aussitôt, et, de leur propro mouvement, lui apportèrent les clefs des villes devant lesquelles il se présenta. Les Almirodes seuls voulurent lui résister et firent réponse aux envoyés du vainqueur qu'ils ne so rendraient qu'à bonnes enseignes1.

« Comment! s'écria Pantagruel, nous avons toujours la main au pot et le verre à la main ; peuvent-ils donc nous en demander de meilleures? Allons, mettons ces gens à sac. » Tous alors se rangèrent en ordre, comme s'ils eussent été sur le point de livrer l'assaut. Mats, pendant la route, comme ils traversaient une vaste campagne, ils furent saisis parla pluie qui se mit à tomber abondamment. Ils commencèrent à s'agiter et à se serrer les uns contre les autres. A celte vue, Pantagruel leur fil dire par les capitaines que ce n'était rien, qu'il voyait bien par-dessus les nuages que ce no devait être qu'une légère rosée ; mais que cependant s'ils so voulaient mettre en ordre, il pourrait les couvrir. Ceux-ci s'étant rapprochés les uns des autres, Pantagruel lira sa langue seulement à moitié et les en couvrit, de même qu'une poule étend ses ailes au-dessus de ses poulets.

Pendant ce temps, moi qui vous raconte celte histoire véridiquo, je m'étais caclié sous uno feuille de bardanc. Elle uc le cédait pas en largeur à l'arche du pont de Monstrible. Mais en les voyant si bien couverts, je courus vers eux pour me mettre également a l'abri. La chose me fut impossible, tant ils étaient nombreux, et il y a un proverbe qui dit : le drap no va pas plus loin que l'aune qui le mesure. Alors, faisant de mon mieux, je tâchai de monter sur la langue de Pantagruel. J'y marchai bien deux lieues, quand j'y fus parvenu; enfin, j'entrai dans sa bouche. Mais, ô dieux! 6 déesses I Que vis-je alors? Si je ne dis la vérité, que Jupi ter me frappe de son foudrel Je cheminais dans

fait dans Sainte-Sophie à Conslantinoplo. J'aperçus alors de grands rochers semblables aux montagnes des Danois; je les pris pour ses dents. Je vis aussi de grandes prairies, de vastes forêts, des villes aussi fortes et aussi importantes que Lyon et Poitiers.

La première rencontre que je fis, ce fut colle d'un bonhomme qui plantait des choux. A cette vue, je fus tout ébahi et je lui domandai : « Mon ami, que fais-tu ici? — Jo plante des choux, répondit-il. — Et pourquoi faire ? lui dis-je. — Ahl monsieur, répliqua le bonhomme, nous ne pouvons pas tous être riches. C'est ainsi que je gagno ma vie. Je cultive des choux et je vais les vendro au marché de la ville voisine. — Jésus! m'écriaije, y a-t-il donc ici un nouveau monde? — Assurément non, dil-il, il n'est pas nouveau. Mais on affirme que, hors d'ici, se trouve un monde nouveau, qu'éclairent un soleil et une lune; on dit qu'il y a dans ce monde-là une foule de choses admirables, mais quo cependant lé nôtre est plus ancien. — A merveille, mon ami, lui dis-je, mais comment s'appelle celte ville où tu vas vendre tes choux? — Son nom, dit-il, est Aspharage, les habitants en sont chrétiens, gens de bien, et vous traiteront le mieux possible. Alors, jo résolus de m'y rendre. »

Hauvion je

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